Stadler Rail réservé sur la fusion Alstom-Bombardier

mardi, 18.02.2020

Stadler Rail estime qu'il est trop tôt pour l'heure pour commenté la reprise de Bombardier par Alstom.

L'an dernier, Stadler Rail a dégagé selon des chiffres provisoires des revenus de 3,2 milliards de francs, 60% de plus qu'en 2018. (Keystone)

L'annonce du rachat par Alstom des activités dans le matériel ferroviaire du canadien Bombardier laisse de marbre le concurrent thurgovien Stadler Rail. "Il est pour l'heure beaucoup trop tôt" pour commenter cette opération, dont les contours ne sont pas encore définis, a indiqué à AWP une porte-parole de la société de Bussnang.

D'autant plus que la reprise de la filiale du canadien, basée en Europe, par le champion français du matériel ferroviaire pour un montant situé entre 5,8 à 6,2 milliards d'euros (entre 6,1 et 6,5 milliards de francs) doit encore passer l'examen de nombreuses autorités de la concurrence, selon Stadler Rail.

Sur le marché européen des trais, tramways et autres rames de métro, estimé à 11 milliards d'euros, Bombardier Transport, dont le siège est établi à Berlin, détient une part de 26%, devant Alstom (19%). Ayant affiché ces dernières années une vive croissance, Stadler Rail pointe désormais au 3e rang (15%), juste devant l'Allemand Siemens (13%), selon les experts de la branche.

Pour Bombardier, la cession des activités de matériel ferroviaire, après celle de la branche aviation commerciale à Airbus, s'inscrit dans le cadre du désendettement du groupe canadien ainsi que de son recentrage sur son très lucratif segment des avions d'affaires.

A l'échelle globale, le mariage des deux leaders européens des trains s'inscrit aussi dans la montée en puissance du chinois CRRC, dont le chiffre d'affaires se monte à quelque 27 milliards d'euros, contre des revenus pro forma de 16 milliards pour Alstom et Bombardier Transport.

Avis divergents

L'an dernier, Stadler Rail a dégagé selon des chiffres provisoires des revenus de 3,2 milliards de francs, 60% de plus qu'en 2018. Impressionnante, la croissance a cependant pesé sur la rentabilité de l'entreprise contrôlée par le président, ex-directeur générale et ancien conseille national (UDC/TG) Peter Spuhler. Le groupe, dont l'effectif a crû de près d'un quart à 10'500 salariés, table sur une marge opérationnelle Ebit en baisse, à 6%.

Du côté des experts, les avis divergent quant aux conséquences pour Stadler Rail du rachat de Bombardier Transport par Alstom. Au regard du prix articulé pour la transaction, certains notent que ce montant est inférieur aux anticipations, ce qui représente un signal pour l'ensemble du secteur. La naissance d'un puissant rival pourrait rendre la concurrence plus rude pour le fabricant thurgovien, en particulier dans le segment des trains régionaux.

Mais d'autres voix relèvent que la taille seule ne constitue pas une garantie de succès. Le matériel ferroviaire doit répondre pour bonne part aux spécificités de chaque marché national concerné, l'exploitation des réseaux ferrés restant souvent l'apanage d'un acteur de poids au niveau de chaque pays. Dans ce contexte, l'automatisation de la production se révèle moins importante que pour l'industrie automobile, par exemple.

De l'avis d'autres spécialistes, la fusion, avec le potentiel d'échec que comporte une opération à une telle échelle, va absorber les deux entreprises pendant une période relativement longue, tout comme le feu vert préalable des autorités de la concurrence, comme l'a démontré la tentative avortée de reprise de Siemens par Alstom.

Des soucis en Suisse

A l'image de ce dernier projet, l'approbation des régulateurs pourrait être soumis à la condition de céder certains segments. Stadler Rail pourraient en profiter par exemple dans le domaine des technologies de signalisation ou encore dans celui des services. Bombardier et Alstom entendent finaliser leur union au cours du premier semestre 2021.

En Suisse, Bombardier a fait la une des journaux avec les nouvelles rames à deux étages pour le trafic grandes lignes, appelées FV-Dosto. Commandés à 62 exemplaires il y a dix ans par les CFF, les premiers de ces trains auraient dû être livrés en 2013.

La commande d'un montant de 1,9 milliard d'euros, "marché du siècle" pour les CFF, a subi de nombreux retards et en début d'année, seules 27 unités ont été remises aux CFF. Les rames restantes devraient être livrées avant l'été 2021.

En matière de maintenance et de services pour ces rames, les CFF pourraient aussi renoncer à se tourner vers Alstom. Mais pour l'heure, la compagnie de chemins de fer fait savoir qu'elle attend de ses "partenaires contractuels qu'ils respectent les contrats existants". (awp)






 
 

AGEFI



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