Spotify s'attaque aux artistes qui propagent la haine

mardi, 15.05.2018

Spotify s'est lancé dans la modération du contenu haineux présent sur sa plateforme de streaming musical. Reste à définir quelles en sont les limites.

Marine Humbert

Le service suédois de streaming musical Spotify a adopté la semaine dernière une charte en vertu de laquelle l'entreprise se réserve désormais la possibilité de réduire l'exposition d'un artiste ou d'une chanson sur sa plateforme en fonction de critères sans rapport avec la musique.

Spotify indique dans le texte de présentation de sa nouvelle charte ne tolérer aucun contenu haineux sur sa plateforme de musique. Mais la politique de l’entreprise suédoise dépasse le simple contenu haineux, et s’attaque au comportement haineux. Elle se réserve le droit de passer sous silence des musiques ou des artistes «lorsqu'un artiste ou un créateur fait quelque chose de particulièrement préjudiciable ou haineux par exemple, la violence contre les enfants et la violence sexuelle». Un artiste est donc jugé pour ses agissements personnels et non dans le cadre de sa musique.

Les artistes ou les chansons qui incarnent des conduites ou des propos haineux ne disparaîtront pas totalement de la plateforme, le service suédois déclarant «ne pas croire à la censure du contenu à cause du comportement d’un artiste ou d’un créateur», mais le contenu ne sera plus mis en avant sur la plateforme musicale. «Le comportement haineux peut changer la façon dont nous travaillons avec lui ou dont nous le soutenons», poursuit Spotify dans sa nouvelle charte.

Dernière cible de cette mesure, Spotify a décidé de radier de son algorithme de recommandation et de ses playlists, le chanteur R.Kelly, accusé de violences sexuelles à de multiples reprises. La même décision a été prise pour le rappeur américain XXXTentacion.

Spotify introduit ainsi la modération sur les plateformes de musique, comme Apple Music et Pandora, qui ont suivi l’élan du suédois un jour après l’annonce de radiation concernant R.Kelly. Une modération réservée jusqu'ici uniquement aux réseaux sociaux. 

Les plateformes de musiques pourraient alors être au cœur du même débat que les célèbres réseaux Twitter, Facebook, et Instagram, accusés de restreindre la liberté d’expression par les uns, ou au contraire d’être trop tolérants face au déferlement de propos haineux par les autres.

Sachant qu’il y a jusqu’à 35 millions de chansons disponibles sur la plateforme Spotify, la modération semble être une tâche titanesque. En témoignent, les dernières revendications d’Ultra Violet, une association féministe française, qui demande à exclure d’autres artistes accusés d’abus sexuels. Elle cite des noms : Eminem, Chris Brown, Red Hot Chili peppers, Nelly, Don Henley des Eagles, Steven Tyler d’Aerosmith, Tekashi, ou encore Ted Nugent.






 
 

AGEFI



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