Spotify fête ses 10 ans loin devant la concurrence

mardi, 02.10.2018

Spotify fait figure de pionnière dans son domaine. Alors qu'elle s'apprête à fêter ses dix ans, la firme suédoise compte toujours une longueur d'avance sur ses concurrents qui ont raté le virage du streaming musical.

SG/MH

Au mois d’avril 2018, le numéro un mondial de la musique en streaming a fait une entrée très attendue à la Bourse de New York. (keystone)

Le 7 octobre 2008 signe un tournant dans l’industrie musicale. Spotify, créée en 2006, débarque sur le marché en proposant un concept révolutionnaire: un service de streaming avec un large catalogue de titres et d’artistes. L’entreprise suédoise trace sa route et se fait petit à petit une place au milieu des labels discographiques. 

Début 2011, le fonds d'investissement russe Digital Sky Technologies investit 100 millions de dollars dans Spotify, qui compte alors un million d'abonnés. Cette même année, le service de streaming signe avec les maisons de disque Universal, Warner et Sony Music. Depuis le nombre d’adeptes de Spotify a grimpé en flèche, pour atteindre, 10 ans après son lancement, 83 millions d’abonnés payants et 180 millions d’utilisateurs actifs, selon les chiffres publiés en juin 2018. 

Réveil tardif de la concurrence

Le service, aujourd’hui disponible dans 65 pays, propose 35 millions de titres et 2 milliards de playlists. Des chiffres largement supérieurs à ceux de ses concurrents, qui ont tardé à se lancer dans la course au streaming musical. 

C’est seulement en été 2015 que l’entreprise californienne à la pomme se réveille en lançant Apple Music. Amazon suivra avec un service similaire, Amazon Music Unlimited, 16 mois plus tard. 

Le service d’Apple compte aujourd’hui quelque 50 millions d’abonnés payants contre 20 millions pour celui d’Amazon. Amazon Music est disponible dans 30 pays, mais pas encore en Suisse, et est inclu, comme "appât", dans l’offre proposée aux abonnés d’Amazon Prime. Les trois entreprises, Spotify, Apple Music et Amazon Music, laissent seulement quelques miettes aux viennent ensuite: le français Deezer (9 millions d’abonnés), l’américain Napster (4,5 millions d’abonnés) et la plateforme Tidal (1,4 million), lancée en Suède et rachetée par le rappeur américain Jay-Z en 2015.  

Une entrée en Bourse sans grands fracas

Dix ans après son lancement, Spotify, qui dit privilégier la croissance à la rentabilité, n’a jamais engrangé le moindre bénéfice malgré ses 83 millions d’abonnés payants. Au mois d’avril 2018, le numéro un mondial de la musique en streaming a fait une entrée très attendue à la Bourse de New York. L’opération s’est déroulée sans paillettes, son fondateur Daniel Ek a choisi une procédure atypique dite de "cotation directe", simplifiée et moins coûteuse car sans intermédiaires. Elle est aussi la plus imprévisible, le prix des titres n’étant pas fixé à l’avance. En l’espèce, l’action a été lancée à 132 dollars. Elle en vaut désormais 180 dollars.

Depuis son lancement à New York, la valeur de l’entreprise suédoise aurait augmenté de 39%, atteignant les 33 milliards de dollars. Côté revenus, Spotify a enregistré 1,36 milliard de dollars au premier trimestre 2018, selon les derniers résultats. L’entreprise anticipe pour cette année un ralentissement de son chiffre d’affaires pouvant aller jusqu’à 30 % contre 39% en 2017. D’ici la fin de l’année, Spotify vise 92 à 96 millions d’utilisateurs payants.

Spotify veut s'affranchir des labels

Afin de renforcer ses revenus, Spotify cherche à court-circuiter les labels et les maisons de disques pour ne plus avoir à rémunérer d’intermédiaires. Généralement, l’entreprise suédoise promet des droits aux labels à hauteur de 52% du chiffre d’affaires généré chaque fois qu’un utilisateur écoute un titre sur la plateforme. Ces clauses peuvent varier selon les parts de marché des maisons de disques. Entre 15 et 20% de cette part sont ensuite versés à l’artiste.

Spotify conserve pour lui la part restante. Mais cette répartition pourrait bientôt changer. Selon le journal américain Billboard, la plateforme suédoise aurait signé des contrats directement avec les artistes pour pouvoir s’affranchir des 52% destinés aux labels. Une économie bienvenue pour Spotify, mais qui pourrait entraîner le naufrage des maisons de disque. Le fondateur de la plateforme Daniel Ek estime que "le contenu des licences ne fait pas de nous un label, et nous n'avons aucun intérêt à en devenir un", rappelant que l'entreprise ne détient aucun droit sur de la musique. 

Des artistes persona non grata

Face à des artistes ou des chansons incarnant des conduites haineuses, la plateforme musicale avait décidé en mai de rédiger une charte afin de modérer le contenu présent sur la plateforme. Premières cibles de cette mesure, le chanteur R.Kelly, accusé de violences sexuelles à de multiples reprises, ainsi que le rappeur américain XXXTentacion, avaient été radiés de l’algorithme de recommandation et des playlists de Spotify. Apple Music et Pandora avaient rapidement suivi le mouvement, généralisant la modération de contenus sur les plateformes de musique, jusqu'ici réservé aux réseaux sociaux. 






 
 

AGEFI



...