Signaux d’avertissement pour les marchés

mercredi, 03.10.2018

S&P 500. La «divergence baissière» entre les grandes et petites capitalisations peut annoncer une chute à deux chiffres des grands indices boursiers.

Levi-Sergio Mutemba

Les cours des grandes capitalisations exposées au risque commercial ont continué de grimper durant le mois de septembre. Mais les petites capitalisations peinent à suivre le rythme. Ce qui n’est pas nécessairement une anomalie. Une telle configuration, appelée «divergence baissière», a en effet déjà constitué par le passé un signal de krach boursier majeur.
Les experts de S&P Dow Jones Indices (SPDJI) expliquent qu’une divergence baissière intervient lorsque les évolutions de prix mensuelles entre les grandes et les petites capitalisations sont opposées, mais aussi lorsque la surperformance des premières par rapport aux secondes est particulièrement élevée. Le mois dernier, le S&P 500 s’est apprécié de 0,43%, atteignant au passage un record historique. De son côté, l’indice des petites capitalisations S&P Small Cap 600 (S&P SC 600) a reculé de 3,32%. La divergence baissière ou écart totalise ainsi 3,75% sur cette période.    

Des niveaux record précèdent les krachs

Il s’agit du plus important écart de performance mensuelle depuis quatre ans. En septembre 2014, cette divergence avait atteint 3,94%. Bien que l’ampleur de la surperformance des grandes capitalisations fut impressionnante à cette époque, elle n’est pas forcément pertinente pour former des prévisions fiables. En effet, dans 78% des mois durant lesquelles le S&P 500 enregistra une baisse, le S&P SC 600 s’inscrivit aussi en baisse, sans que cela ne s’accompagne d’une chute majeure des marchés. Lorsqu’une telle situation se concrétise, le S&P 500 finit par perdre en moyenne seulement 5,09% et le S&P SC 600 4,10%.
«Ce qui est plus intéressant, c’est de constater ce qui se produit lorsque le S&P 500 touche des records historiques alors que le S&P SC 600 recule», souligne Jodie Gunzberg, Managing Director et Head of Equities chez SPDJI. Celle-ci précise en effet que, depuis janvier 1994, le S&P 500 n’a progressé, parallèlement à une baisse du S&P SC 600, que durant 24 mois. Soit dans 8,1% des 297 derniers mois. «Non seulement cela correspond à la situation actuelle, mais une divergence baissière encore plus prononcée n’a été observée que sept fois, celle-ci ayant précédé un krach majeur à deux reprises», poursuit Jodie Gunzberg. Soit, entre 2000 et 2002 (krach technologique) et entre 2007 et 2009 (la grande crise financière).
Ainsi en juillet 2006, le S&P 500 s’est apprécié de 0,51% contre une perte de 3,50% pour le S&P SC 600. Autrement dit une divergence baissière de 4,1%. Quinze mois plus tard, en octobre 2007, l’indice des 500 plus grandes sociétés américaines a touché un record historique. À partir de cette date jusqu’en février 2009, la chute du marché américain a totalisé plus de 50%. SPDJI rappelle aussi qu’entre la divergence baissière de juillet 2006 et février 2009, le S&P 500 a perdu plus de 42%. Même dans cette phase baissière de performances négatives, les grandes capitalisations ont surperformé les petites.
Durant la bulle technologique, une divergence baissière de 13,4% s’est matérialisée en mars 2000, cinq mois avant le record historique d’août, lorsque le marché avait initié son déclin. Un déclin de plus de 43% jusqu’au plus bas de l’époque, en septembre 2002. Là aussi, entre la date de la divergence baissière de mars 2000 et septembre 2002, le S&P 500 avait chuté de plus de 45%.    

Les entreprises américaines ne sont pas à l’abri

Pour Jodie Gunzberg, le risque politique et les tensions commerciales doivent être compensés par plusieurs facteurs pour soutenir les petites capitalisations. À savoir une croissance économique solide, une hausse des taux, une accélération de l’inflation ou une hausse du dollar. La question est de savoir dans quelle mesure ces facteurs sauront en effet limiter l’impact de l’escalade des tensions commerciales sur les bénéfices des entreprises américaines.
Bluford Blu Putnam, directeur général et chef économiste de la bourse des produits financiers dérivés Chicago Mercantile Exchange (CME Group), constate à ce titre un ralentissement non négligeable de la croissance du commerce internationale. «La croissance est en train de s’estomper», insiste celui-ci. «Il est vrai que les multinationales américaines sont relativement à l’abri sur le court terme, mais les effets seront décalés et observables dès l’année prochaine en 2019», poursuit l’expert du CME.
Un facteur potentiellement aggravant est la remontée des taux d’intérêt par la Fed, aux États-Unis, affectant les devises des pays émergents. «Les autorités des pays émergents répondent généralement à une baisse de leurs devises par des hausses des taux d’intérêt, affectant à leur tour l’activité locale», ajoute Bluford Blu Putnam. Ce qui ne manquera pas de provoquer un tassement des importations de produits et services par les entreprises des pays émergents en provenance des marchés développés, dont les États-Unis.






 
 

AGEFI



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