La recherche suisse retient son souffle face à l'initiative de limitation

jeudi, 27.08.2020

Soumise au vote le 27 septembre, l’initiative de limitation menace la coopération avec l’Union européenne, prévient Yves Flückiger, recteur de l’Université de Genève et président de swissuniversities.

Elsa Floret

En 2019, les subsides européens ont représenté plus de 22 millions de francs pour l’UNIGE. (Université de Genève, Rui Stephan Yan)

«Evitons à tout prix l’exclusion des programmes européens de recherche. Nous l’avions vécu en 2014 et depuis la Suisse n’a jamais retrouvé son niveau de financement de la part de l’Union Européenne (UE).» Voilà comment réagit Yves Flückiger, interrogé sur les conséquences d’un oui, le 27 septembre, à l’initiative pour une immigration modérée.

L’initiative menace deux accords bilatéraux jugés essentiels au monde académique: l’accord sur la libre circulation et l’accord sur la recherche (en raison de la clause dite «guillotine», si l’un des accords est résilié, tous les autres accords perdent automatiquement leur validité).  «Sans financement européen, la Suisse vivrait dans l’illusion du pays d’Heidi, avec une recherche appauvrie et ralentie. Alors que c’est en attirant la matière grise qu’elle conservera son niveau de vie», avertit le recteur de l’Université de Genève et président de swissuniversities, l’association faitière des hautes écoles de Suisse.

L’Université de Genève (UNIGE) est la plus active de Suisse avec l’Université de Zurich, (après les écoles polytechniques fédérales), quant à la participation aux projets européens, selon le Secrétariat d'Etat à la formation, à la recherche et à l'innovation (SEFRI). Ce dynamisme se lit dans les principaux classements internationaux.

22 millions de l’UE pour l’UNIGE en 2019 

Cinq des EPF et universités suisses se placent régulièrement dans le Top 100 mondial. «En 2019, les subsides européens ont représenté plus de 22 millions de francs pour l’UNIGE. Ce montant substantiel vient compléter l’enveloppe annuelle d’une centaine de millions fournie par le Fonds national suisse. Toutefois, l’enjeu de la participation de la Suisse aux programmes-cadres dépasse largement l’aspect financier», précise Yves Flückiger.

Exclue des programmes européens – et notamment Horizon 2020 – après le vote du 9 février contre l’immigration de masse, la Suisse est passée de la 7ème à la 24ème place, en termes de nombre de coordinations de projets de l’UE (la coordination signifie que la Suisse a le lead sur d’autres pays. A défaut, elle participe simplement à un projet sans le coordonner). Suite au compromis politique trouvé entre les autorités suisses et européennes en 2017, elle est remontée à la 8ème place en 2020, mais sans retrouver son niveau d’avant (voir graphique).

«Qualité moindre et compétitivité restreinte sont les deux risques qui toucheraient une recherche suisse uniquement financée par la Confédération. Or, le succès de la Suisse est largement dû à sa participation à l’Europe du Savoir. Et seuls les projets d’envergure sont à même de relever les grands défis auxquels nos sociétés font face, au niveau de l’environnement, des développements de la génétique, du numérique ou de la révolution quantique dans laquelle la Chine et les Etats-Unis ont investi massivement. Face à ces mastodontes, la collaboration au sein de l’Europe est l’unique voie», insiste Yves Flückiger.

Et si Genève était à la pointe dans les tests Covid dès le début de la pandémie, c’est notamment grâce la mobilité des chercheurs suisses et européens, permise par l’accord sur la libre circulation et l’accord sur la recherche. C’est le cas d’Isabella Eckerle, professeur venue d’Allemagne et responsable du Centre de recherche sur les maladies virales émergentes des Hôpitaux universitaires et de l'Université de Genève, qui, grâce à ses liens avec le spécialiste mondial du coronavirus à Berlin, a réalisé les premiers tests de confirmation du virus en Suisse. 

Quantum Flagship: un milliard d’euros sur dix ans 

Autre exemple des avantages pour la Suisse, le lancement en 2013 du Human Brain Project, coordonné par l'EPFL, issu de l’appel à projet Horizon 2020. Le programme bénéficie d’un financement d'un milliard d'euros chacun sur dix ans. Il y a encore le programme Quantum lancé en 2018 par la Commission européenne également doté d’un milliard d’euros sur dix ans, dans le but de soutenir la recherche en physique quantique et ses applications industrielles. Quelque 5000 chercheurs du monde universitaire et de l’industrie sont impliqués. La Suisse y tient une place de choix. Elle coordonne deux des vingt projets sélectionnés pour la première période (2018-2021), pour un budget global de 82 sur 200 millions d’euros. Pour le président de swissuniversities, «la Suisse manquerait le train des développements liés à la physique quantique si importants et pour lesquels l’Europe va d’ici 2028 accorder encore 800 millions d’euros supplémentaires!» 

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AGEFI



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