Smart Cities: le digital rend-t-il nos villes intelligentes?

jeudi, 19.09.2019

Nathalie Feingold*

Nathalie Feingold

C’est un fait, nos villes se digitalisent. On trouve désormais des objets connectés partout: aux coins des rues pour réguler le trafic, sur les bus pour analyser la pollution de l’air, et bientôt sous la couche d’asphalte pour recharger nos véhicules électriques. Toutes ces applications générant des données à foison, dont on nous vante la puissance: elles seraient génératrices d’intelligence, traduisez, dans le désordre, bien-être citoyen, écologie et croissance économique durable. Mais produire des données ne suffit pas à créer de l’intelligence. 

Car s’agissant de données, l’intelligence passe par leur analyse globale et transversale. Or, les données des villes sont par nature hétérogènes et - pour l’heure - non standard. Elles sont produites par des acteurs divers (fournisseurs d’énergie, entreprises du secteur de la construction, start-up de la cleantech etc.) utilisant des technologies et poursuivant des objectifs propres à chacun.

Pour être intelligentes, les villes doivent donc être capables de gérer cette hétérogénéité, c’est-à-dire agréger et croiser des données très diverses, tant par leur format que par leur qualité, profondeur d’historique, granularité, disponibilité etc. Cela signifie avoir des capacités d’analyse pointues, assorties de capacités à gouverner les données afin d’assurer leur qualité et plus généralement, leurs «utilisabilité» et pertinence à des fins d’analyse.

Mais les villes doivent également être capables de gérer les sujets transversaux qui découlent de la digitalisation, avoir une vision sur des sujets stratégiques tels que la gestion des risques liés aux données, l’évolution et l’obsolescence potentielle des technologies ou le développement de nouvelles formes d’habitat, de transport, de travail etc. 

D’ailleurs, la presse relaie un nombre croissant de questions liées aux Smart Cities: polémique sur la transparence du projet Google à Toronto, utilisation controversée de tests de reconnaissance faciale à Londres, potentielles erreurs dans l’utilisation de données de géolocalisation utilisées par la justice danoise sont quelques exemples récents de vulnérabilités.

Ainsi, pour devenir «Smart», les villes ne doivent pas se contenter d’automatiser des services et d’intégrer des objets connectés au paysage urbain. Elles doivent également disposer des compétences qui leur permettent de tirer profit de cette digitalisation en termes d’amélioration de la qualité de vie des citoyens, de qualité des services urbains ou encore d’optimisation des coûts de gestion et de fonctionnement. Elles doivent également être capable de contrôler l’essor de cette nouvelle dimension, tant au niveau opérationnel que stratégique. 

Cela soulève la question de l’adéquation des compétences des fonctionnaires et des élus, et pose également la question des ressources et des inégalités qui peuvent exister entre les villes selon leur taille ou leur géographie. 

On peut conclure que, pour l’heure, le digital ne suffit pas à rendre nos villes intelligentes. Tout au plus peut-on espérer que cela permet de rendre nos villes un peu plus intelligentes! Mais le futur des Smart Cities s’écrit aujourd’hui, c’est donc dès aujourd’hui qu’il faut poser les fondations d’un développement digital et durable de nos villes.

* Fondatrice, npba






 
 

AGEFI




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