La timide recrudescence des petites capitalisations européennes

mercredi, 04.12.2019

Small caps. Elles pourraient prochainement bénéficier de ces catalyseurs que sont la relance en Allemagne et la baisse du risque Brexit.

Aneeka Gupta*

Depuis le début 2018, les données macroéconomiques ne plaident guère en faveur de l’Europe. Le Vieux Continent pâtit à la fois du conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine ainsi que de problèmes structurels internes tels que le durcissement de la réglementation en matière d’émissions. Sur le marché boursier, le sentiment vis-à-vis des actions européennes se situe à son point le plus bas et durant les dix premiers mois de 2019, les ETFs liés à l’Europe ont subi des sorties de capitaux qui ont atteint un montant record de 8,1 milliards de dollars. Cette défiance des investisseurs est probablement exagérée, d’autant plus que les données économiques européennes commencent à se redresser. 

Vers une hausse de la production industrielle

Historiquement, les performances des petites capitalisations européennes tendent à suivre l’évolution de la production industrielle dans la zone euro. L’industrie est, en effet, avec une pondération de 22%, le secteur qui pèse le plus lourd dans l’indice des petites capitalisations européennes (sa pondération n’est que de 11% pour les grandes capitalisations). Par ailleurs, l’amélioration du ratio des performances comparées des petites et grandes capitalisations donne généralement le signal d’un rebond de la production industrielle.

Il existe en effet un certain nombre de catalyseurs qui pourraient entraîner de nouvelles hausses de cette production. On peut notamment citer l’amélioration des indicateurs avancés de l’OCDE, l’assouplissement budgétaire en Allemagne et, en ce qui concerne le Brexit, le risque d’une sortie sans accord s’est réduit. Représentant 33% de l’univers des petites capitalisations, le Royaume-Uni est le marché le plus important sur ce segment. Or, à mesure que les conditions de sa sortie de l’UE se clarifient, la propension à investir s’accroît et les petites capitalisations européennes devraient en bénéficier. 

Relance en Allemagne?

L’Allemagne est, avec une part de marché de 11%, le 2e pays le plus important pour le segment des petites capitalisations européennes. Cette économie, très affectée par le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine ainsi que par le ralentissement de l’économie chinoise, pourrait, en cas de récession, avoir un impact négatif sur les autres économies d’Europe occidentale, notamment du fait que son circuit d’approvisionnement intra-européen représente 29% du PIB de la zone euro.  

Jusqu’à présent, le gouvernement allemand a annoncé un paquet de 54 milliards d’euros de dépenses pour lutter contre le réchauffement climatique. Ces mesures, qui devraient être financées par les excédents du fonds pour l’énergie et le climat, n’impliquent qu’un effort de relance minimal puisqu’il représente moins de 1,6% du PIB. Ce sera donc loin d’être suffisant pour lutter contre le ralentissement de l’économie allemande. Cependant, au vu de la faiblesse des chiffres économiques récemment publiés, il est possible que le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, se laisse persuader de prendre des mesures de relance plus conséquentes.

Sur le plan de leur valorisation, les petites capitalisations européennes sont plus intéressantes que les grandes capitalisations. La comparaison de leurs ratios cours/bénéfices respectifs montre que les petites capitalisations se traitent avec une décote de 7% par rapport à la moyenne à long terme. Le rendement estimé des dividendes de l’indice MSCI Europe Small Cap (en temps réel) se situe à 2,97%, ce qui correspond à sa moyenne depuis 2007. L’endettement des petites capitalisations n’est que légèrement supérieur à celui des grandes capitalisations, leurs ratios dette nette/EBITDA respectifs étant de 3,91 et 3,79x. Enfin, le rendement du free cash-flow des petites capitalisations reste également sain à 3,62%.

La dynamique bénéficiaire des petites capitalisations s’est accélérée durant le second semestre cette année, ce qui se reflète très nettement au travers de leur surperformance par rapport aux grandes capitalisations. Il s’agit d’une tendance qui n’est encore qu’embryonnaire.

*Directrice associée, Recherche, WisdomTree






 
 

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