Si une Europe de rêve m’était contée...

dimanche, 04.11.2018

Jacques Neirynck *

En 1992 à une courte majorité, le peuple a désavoué la majeure partie de la classe politique, des responsables de l’économie, des médias en refusant un préliminaire à l’adhésion à l’UE. La campagne avait pourtant insisté sur l’avantage que l’UE présentait pour l’économie, pour la formation, pour l’avenir de la Suisse.

Depuis le sentiment populaire s’est encore renforcé. Le 4 mars 2001, le peuple refuse à 76,8% l’initiative «Oui à l’Europe». Sur une décennie s’est affermie la conviction que la Suisse n’avait rien à y gagner.

En effet, grâce à l’habileté des négociateurs suisses sur les accords bilatéraux, les experts estiment que la Suisse a repris environ 80% des acquis de l’EEE. Elle jouirait des avantages sans subir les éventuels inconvénients. Mais le prix à payer est lourd: elle applique des décisions sur lesquelles elle n’a pas d’influence; elle est devenue un pays sujet.

Le ralentissement du PIB depuis 1990

Cependant l’impression dominante est que la Suisse n’a en rien souffert de s’être isolée. Ce n’est pas ce que décèle une étude de Cedric Tille, professeur d’économie à Genève. Il compare l’évolution suisse à celles de pays analogues par leur taille: Autriche, Belgique , Danemark, Pays-Bas, Suède.

On constate que la croissance a été similaire entre la Suisse et les pays européens jusqu’en 1990. L’économie suisse a ensuite fortement ralenti.

Le PIB par habitant de la Suisse n’est que 20% plus élevé qu’en 1990, tandis que les cinq pays comparables atteignent maintenant entre 40 et 50% de croissance.

Nous avons donc perdu vingt points de croissance par rapport à ce que nous aurions gagné si nous avions continué d’évoluer ainsi que nos voisins. Le refus d’entrer dans l’UE n’a pas entrainé la catastrophe prédite par certains, mais il a indubitablement freiné le développement helvétique.

Négociations au point mort

C’est au fond un résultat banal: mieux vaut se situer dans un grand espace économique plutôt que de préserver un très relatif isolement, caricature d’une sourcilleuse indépendance. Le système des relations bilatérales n’a donc pas que des avantages: il représente un inconvénient global.

Nous nous apprêtons à voter sur la relation entre le droit suisse et international, ce qui influencera nos relations avec l’Union Européenne et risque de les détériorer davantage.

Dans les négociations à Bruxelles sur les relations institutionnelles, nous sommes au point mort. Non seulement la Suisse ne se rapproche pas de l’UE, ce qui serait son avantage, mais elle risque de se mettre dans la même position que le Royaume Uni, qui vit une désillusion majeure avec le Brexit.

Il reste que l’UE ne va pas très bien. Si elle s’effondrait dans la discorde et le chaos, ce ne serait un bénéfice pour personne.

Dans cette affaire la Suisse n’a certes aucune responsabilité. Mais, si elle était entrée dans cette Confédération qui a tant de peine à se constituer, elle en aurait peut-être été l’instrument de salut. Pour son propre bénéfice.

* Professeur honoraire EPFL






 
 

AGEFI



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