Si seulement nous étions tous Japonais!

lundi, 16.12.2019

Michel Santi*

Michel Santi

Les économistes et banquiers de ma génération avaient l’habitude plaisanter en subdivisant le monde selon quatre types d’économie: développée, en voie de développement, l’Argentine et le Japon. Il convient, cependant, de mettre à jour cette blague quelque peu simpliste et caricaturale en supprimant le Japon de la liste des aberrations économiques. Il revient pourtant de loin.

De manière tout à fait invraisemblable, le marché immobilier japonais – dont la valeur fut multipliée par 6 en une décennie – valait à lui seul en 1990 le double de l’ensemble du marché immobilier américain! L’indice boursier Nikkei, quant à lui, devait flamber de 40.000% entre 1949 et 1989. C’est simple: les capitalisations nippones valaient elles aussi le double des capitalisations US à la fin des années 1980…avant de s’effondrer de 80% pour atteindre le fond des abîmes en 2003. L’immobilier (principalement commercial) implosa pour perdre progressivement pas moins de 90% de sa valeur, entraînant avec lui et en toute logique le secteur bancaire dont les portefeuilles hypothécaires étaient massifs. Les industries japonaises, elles aussi friandes d’investissements immobiliers, furent sévèrement affectées. Si bien que l’effet combiné de la liquéfaction immobilière, des pertes bancaires pharaoniques et substantielles du secteur industriel provoquèrent l’implosion boursière accompagnée d’une crise économique et financière sans précédent dans l’histoire mondiale.

Ces épisodes dramatiques appartiennent néanmoins au passé grâce à un homme, Shinzo Abe, qui se trouve être le premier ministre ayant le plus longtemps été en poste au Japon. Son exceptionnel volontarisme et son programme original fondé sur les «3 flèches» a enfin permis au pays de se sortir par le haut de sa double décennie perdue, de rompre la spirale déflationniste, de renouer avec la croissance, de stabiliser le ratio dette publique/PIB. Il n’a pas inventé la poudre,  mais Abe a eu le courage d’appliquer un programme fondamentalement keynésien consistant à augmenter la dépense publique, à maintenir (par sa banque centrale interposée) une politique monétaire hyper laxiste, tout en mettant énergiquement en branle des réformes structurelles autorisant l’assainissement à long terme de son économie.

Un des piliers de ces réformes de structure étant sa détermination à mettre les Japonaises au travail,  qui en étaient largement exclues jusque-là, tant et si bien que la participation des femmes au marché du travail est aujourd’hui plus importante au Japon qu’aux Etats-Unis! L’autre pilier ayant été le prolongement de la durée du travail des seniors allant de pair avec l’amélioration de l’espérance et de la qualité de vie. Le résultat est éloquent car le quart des plus de 65 ans est toujours actif actuellement au Japon, contre à peine 5% des plus de 65 ans ayant encore un emploi en France. Le Japon est un pionnier: il a fait confiance à son peuple qui le lui a rendu, et son exemple devrait inspirer nombre de nations développées.

Sa banque centrale n’a pas hésité à s’aventurer en territoire inconnu en rendant ses taux directeurs négatifs, et même à acheter des actions cotées en Bourse afin de soutenir son économie et maîtriser ses taux longs. Le pouvoir d’achat des Japonais ne cesse pas de croître, permettant du même coup de résorber les inégalités. Tandis que l’Europe ressemble de plus en plus au Japon des années 1990, que ses dirigeants daignent seulement s’intéresser à ce qu’à accompli Shinzo Abe en moins d’un septennat.

* www.gestionsuisse.com - www.artradingfinance.com 






 
 

AGEFI




...