Le «Market Timing» est un attrape-nigaud

mercredi, 09.01.2019

Si on vous parle de «Market Timing» ou de capacité à prévoir les mouvements de marché, fuyez! Si vous êtes le représentant d’une caisse de pension, résiliez votre contrat sans délai!

Jean-Sylvain Perrig*

S’il est une chose que l’histoire de la finance et l’histoire de chaque acteur honnête du secteur démontre, c’est bien qu’il n’est pas possible de «timer» les marchés actions ou autrement dit de prévoir comment les cours des actions vont évoluer dans les prochains mois. Comment imaginer qu’il suffit de regarder un graphique, même de près, pour savoir quel sera le prochain mouvement du marché? Et si c’était possible, celui qui le ferait ne serait certainement pas employé de banque ou même banquier. Il serait très riche et gèrerait son argent gagné depuis son immense yacht, mais ne le cherchez pas, il n’existe pas! Mais si la prévision ne fonctionne pas, pourquoi tant de moyens et de sueur pour faire perdurer l’illusion qu’il faut «timer» les marchés? Prédire l’avenir est excellent pour l’ego, le terme anglais qui convient est «hubris», orgueil. En effet si vous pouvez prédire l’évolution du marché, alors vous êtes plus fort que lui et donc plus fort que la communauté des investisseurs. Malheureusement la réalité, ainsi que toutes les études empiriques qui ont été faites démontrent que la vérité est tout autre. Le «market timing» est un attrape-nigaud, qu’on se le dise.

Des «prises de décisions informées»

Alors que faire? Un retour aux fondamentaux s’impose et, dans cette optique, il s’agit en priorité de privilégier une philosophie d’investissement à long terme, axée sur des «prises de décisions informées». Afin de prendre ces «décisions informées», il est primordial de mettre en œuvre les moyens nécessaires et adaptés à la sélection de titres. De toute évidence, pour appréhender une industrie, il faut avoir recours à des spécialistes afin de comprendre au mieux comment celle-ci fonctionne. En particulier quels facteurs et quelles variables sont pertinents, quels sont les enjeux industriels et quel est le marché potentiel, afin d’avoir une vision claire des tendances de fond de cette industrie. C’est en partant d’analyses fondamentales qu’il est alors possible de faire des hypothèses raisonnables par secteur, par sous-secteur, par société, par segments et par produits. C’est un processus chronophage qu’il faut avoir la patience d’appréhender en profondeur puisqu’il peut s’écouler parfois plusieurs années et pas mal d’essais infructueux avant de vraiment bien comprendre quels sont les catalyseurs d’un secteur et quelles sociétés devraient en profiter à terme.

Privilégier les «ingénieurs» aux «financiers»

Privilégier les «ingénieurs» aux «financiers» dans la recherche fondamentale apparait dès lors comme une nécessité incontournable.

Il ne s’agit en rien d’un jugement de valeur, mais de simplement marier harmonieusement les compétences des uns et des autres afin de parvenir à l’analyse la plus pointue. C’est en effet au travers d’échanges intenses entre les «techniciens» et les gérants analystes qu’il sera possible de faire les corrélations industrielles et financières qui permettent de structurer des portefeuilles pertinents à long terme. Ces portefeuilles changent peu, car plus on prend des décisions d’investissement informées, plus le temps joue en faveur de l’investisseur, en se révélant sous forme de performances financières, qu’il s’agisse de l’accroissement rapide des parts de marché et du chiffre d’affaires et/ou de l’expansion des marges. Enfin, il faut apprendre à s’éloigner du «bruit» de Bloomberg! On y trouve en permanence du parasitage, dont il faut se prémunir, pour faire un travail de meilleure qualité et pour satisfaire ses clients.

Payer pour la qualité

En vingt-ans les marchés financiers ont beaucoup changé. Auparavant le rôle des acteurs de la finance était d’informer leurs clients. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Grâce aux technologies de l’information et aussi à la règlementation, il y a beaucoup d’information, pas toujours de bonne qualité et surtout non vérifiée, et le rôle d’un chargé de relation ou d’un gérant de fonds est précisément de se protéger lui-même ainsi que ses clients du déferlement de prévisions, d’analyses et de commentaires venant de toute part. Et, comme le dit l’adage, trop d’information tue l’information.

Se projeter sur le long terme

Un service de qualité implique du calme, de la sérénité et une réflexion profonde. On ne peut atteindre cet objectif qu’en se projetant sur le long terme, en effectuant un travail de fond. C’est ce que tout investisseur doit accepter avant tout. Si les bases sont de plus solides, les résultats seront au rendez-vous tandis que si on essaye de «timer» le marché, on risque tout simplement de perdre de vue le but recherché initialement et la vision d’ensemble. Analyse, professionnalisme et patience sont les ingrédients de base pour la création de valeur, fuyez les Cassandre.

*Senior Advisor AtonRâ Partners






 
 

AGEFI



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