L’investissement durable fonctionne-t-il réellement dans les marchés émergents?

mercredi, 15.08.2018

Si l’investissement durable est bien établi dans les marchés occidentaux, son fonctionnement dans les marchés émergents suscite le doute.

Masja Zandbergen*

Or l’expérience montre que les marchés émergents constituent à la fois une importante opportunité d’investissement et un ensemble distinct de risques et défis ESG (Environnemental, Social et Gouvernance).

Dans les pays émergents, les menaces environnementales incluent l’urbanisation et la déforestation massive, les problèmes sociaux sont liés au travail des enfants, à l’esclavage et aux faibles salaires, tandis que les niveaux élevés d’actionnariat privé ou public soulèvent des problèmes de gouvernance. Adopter la voiture électrique ou le solaire n’est pas à l’ordre du jour dans certains pays émergents qui ne parviennent déjà pas à nourrir leur propre population.

La faible prise en compte de la durabilité en Asie, par exemple, se reflète dans les chiffres publiés par la Global Sustainable Investments Alliance: sur les 22’900 milliards de dollars investis par ses membres à fin 2016, seuls 52 milliards de dollars (0,2%) étaient destinés à l’Asie hors Japon. 

Est-il donc judicieux de vouloir investir durablement dans ces régions? Oui, car ces mêmes problèmes rendent les critères ESG d’autant plus importants dans la construction de portefeuilles émergents, en particulier pour savoir où chercher les bonnes opportunités. 

L’effet est même décuplé: les études montrent que si l’adoption des facteurs ESG dans les marchés développés a un effet positif sur les performances financières des entreprises dans 38% des cas, dans les marchés émergents cet effet positif est observé dans 65% des cas. Les données montrent que le facteur gouvernance a la plus grande influence.

Une façon de créer des fonds émergents plus durables consiste à adopter une approche quantitative par le biais de l’investissement factoriel. D’un point de vue pratique, il s’agit de construire un portefeuille qui soit 20% plus durable que l’indice de référence, avec une empreinte inférieure de 20% en matière de consommation d’eau, d’émissions de CO2, de production de déchets et de consommation énergétique. Cette méthode utilise en outre une liste exhaustive de valeurs à exclure, dans les secteurs tels que le charbon, le tabac, les jeux d’argent et les armes à feu. 

Il peut également être important de combiner différentes stratégies de marchés émergents pour les actions, à l’aide d’une approche fondamentale examinant les facteurs ESG et d’une approche quantitative recherchant des facteurs tels que la faible volatilité, où des marchés offrent les mêmes performances pour un risque moindre. 

En ce qui concerne le marché de la dette émergente, obtenir suffisamment de données, notamment sur le risque de corruption et la vulnérabilité aux prix des matières premières doit faire partie du processus d’analyse de sélection des pays pour être en mesure de prendre des décisions éclairées. 

L’amélioration de la gouvernance d’entreprise en Asie illustre bien comment la durabilité fait la différence. Dans le même temps, l’adoption de codes de stewardship (gérance) dans les régions qui promeuvent l’actionnariat actif des investisseurs a accru les niveaux d’engagement, de vote dans les assemblées générales et d’entreprises exclues qui ne répondent pas aux exigences minimales, ce qui permet généralement de relever les normes.  

Pour conclure, nous citerons les auteurs d’un article d’influence rédigé par Sustainalytics, le spécialiste des données ESG, intitulé «Bridging the gaps: effectively addressing ESG risks in emerging markets», soit «Les marchés émergents constituent à la fois une importante opportunité d’investissement et un ensemble distinct de risques et défis ESG».

*Responsable de l’intégration ESG, Robeco






 
 

AGEFI



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