Est-ce déjà la fin de l’hégémonie des tout-puissants Etats-Unis?

dimanche, 21.06.2020

Si la Chine est en passe de gagner sans combattre, il faudra revisiter sa pondération ainsi que celle de l’Asie dans les portefeuilles.

Yves Ceelen*

Yves Ceelen

Aucun empire ne dure éternellement. Au cours du XXe siècle, l’Europe, épicentre des deux conflits mondiaux, a été déchirée. Sa tentative pour retrouver son leadership au travers de l’Union européenne a été semée d’embûches et sa réussite paraît incertaine. Les Etats-Unis ont donc comblé le vide laissé par l’Europe et sont devenus l’unique superpuissance au monde.

Se pose aujourd’hui la question de savoir s’ils pourront conserver cette hégémonie. Depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, le «choc des empires» (1) est devenu un thème récurrent chez les investisseurs. Avant de répondre à la question de savoir si, comme l’affirme le président américain, la Chine manipule sa monnaie, ce qui n’est pas sans incidence sur ses échanges commerciaux, il convient de revenir sur la généalogie de la guerre commerciale sino-américaine.

En 2015, une grande banque européenne était condamnée à une amende record de 8,9 milliards de dollars pour avoir contourné les embargos imposés par les Etats-Unis au Soudan, à Cuba et à l’Iran. Par cette décision, les Etats-Unis «militarisaient» le dollar, puisqu’ils appliquaient la législation américaine à une transaction internationale, au seul motif qu’elle était effectuée en dollars. De nombreux acteurs ont alors réalisé qu’il convenait de redoubler de vigilance et certains pays ont même totalement révisé leur façon de faire des transactions financières. Faut-il y voir le début de la fin de l’hégémonie américaine?

Le conflit entre le gouvernement américain et la Chine va au-delà d’un simple désaccord commercial. Il porte aussi sur la technologie, un domaine dans lequel la Chine a considérablement progressé. Cette bataille technologique est d’autant plus importante qu’elle a des incidences directes sur la puissance militaire.

Si d’un côté, les Etats-Unis paraissent plus agressifs sous la présidence de Donald Trump, de l’autre, Xi Jinping est différent de son prédécesseur. Il est résolu à rétablir la puissance de la Chine, non seulement sur le plan économique, mais aussi en matière de politique ainsi que sur le plan militaire.

On peut se demander si l’ère Trump ne tend pas à accélérer ce processus, dans la mesure où la politique étrangère des Etats-Unis ne s’est pas montrée particulièrement brillante ces dernières années. Dès son arrivée au pouvoir, le président américain a abandonné l’accord de partenariat transpacifique qui visait à contenir la puissance de la Chine en Asie et il a porté tous ses efforts sur des accords bilatéraux qui se sont avérés peu fructueux jusqu’à présent. Par ailleurs, les Etats-Unis ne sont pas intervenus après les atrocités perpétrées en Syrie et ils n’ont sanctionné la Russie qu’après l’annexion de la Crimée. Faut-il y voir un abandon de leur mainmise sur la politique mondiale?

A l’inverse, l’influence économique et politique chinoise progresse lentement mais sûrement à travers le monde. Ainsi, sa «Nouvelle route de la Soie» projette 

de construire de nouvelles infrastructures dans toute l’Eurasie, l’Afrique et jusqu’en Europe de l’Est. La Chine exporte d’ailleurs déjà davantage vers les pays situés le long de cette nouvelle route que vers les Etats-Unis. Serait-elle en train de gagner sans combattre comme le recommande Sun Tzu dans l’Art de la Guerre?

En politique intérieure, l’administration américaine semble aussi perdre le contrôle. Sa réaction à l’épidémie de Covid-19 a été tardive, si bien que 40 millions de citoyens américains au chômage ne survivent plus que grâce un programme d’aide qui prendra fin en juillet, à moins d’une prolongation. 

L’assassinat de George Floyd a donné lieu à des manifestations de masse. Compte tenu de cette série d’échecs, Donald Trump sera-t-il réélu? Dans ce cas, ce deuxième mandat accélérera-t-il la fin de l’hégémonie américaine? Joe Biden et son successeur seront-ils en mesure de maintenir la domination américaine et de promouvoir la démocratie et la liberté? Il n’est probablement pas encore trop tard, mais le temps presse.

Une à une, les pièces du puzzle s’assemblent et les investissements sont ajustés en conséquence.

L’Asie prendra-t-elle du poids dans les portefeuilles? Probablement, mais la vitesse à laquelle elle remplacera les Etats-Unis dépendra de l’évolution du paysage international.

(1) «Clash of Empires: Currencies and Power in a Multipolar World», Charles et Louis-Vincent Gave.

*Responsable de la gestion institutionnelle, DPAM






 
 

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