Private banking: choisir entre taille et expertise

jeudi, 16.07.2020

Services financiers. Face à la consolidation du secteur, les banques privées de taille modeste peuvent prospérer à condition de se doter d’une expertise forte.

Levi-Sergio Mutemba

En Suisse, la survie et la croissance d’une banque privée, ou de toute institution dotée d’une importante activité de gestion de fortune, reposent-elle exclusivement sur la taille? L’actualité récente a en quelque sorte remis la question au premier plan. Plus tôt dans le mois, la banque privée neuchâteloise Bonhôte dont les avoirs sous gestion (AuM) s’élèvent à environ six milliards de francs, a annoncé l’acquisition du zurichois Banque Private Client Partners. Quelques jours plus tard, Landolt & Cie (trois milliards de francs d’AuM), basé à Lausanne et à Genève, fait savoir qu’il étudie un rapprochement avec le gestionnaire d’actif franco-allemand Oddo BHF.

La plupart des études sur le secteur font en effet état de défis majeurs pour l’industrie suisse de la gestion de fortune. Ce qui pousse l’ensemble de la branche à se consolider. D’après le consultant Deloitte, le temps presse. La fortune globale nette des individus a augmenté de 44% entre 2013 et 2018. Mais, dans le même temps, le bénéfice avant impôt des banquiers privés suisses a baissé en moyenne de 17%. Les grandes banques privées suisses ont attirée à elles seules 82% des afflux nets d’argent frais. Toujours sur cette même période, le nombre d’établissements suisses exerçant une activité importante de gestion de fortune est passé de 148 institutions à moins de 130.

De grands gestionnaires ne vont pas très bien

«Comme vous le savez, depuis la fin du paradigme du secret bancaire, nous avons connu une explosion de la réglementation, ce qui a un coût significatif», rappelle Yves de Montmollin, Directeur Général de la banque Bonhôte. «De plus, même si la Suisse maintient toujours un niveau élevé de protection de la sphère privée, la fin du secret bancaire constitue également un facteur important de compression des marges en règle générale», poursuit le CEO.

Yves de Montmollin précise toutefois que la taille ne serait pas le facteur suffisant ou exclusif de survie et de croissance. La réputation et, plus encore, le modèle d’affaires seraient plus déterminants. «Il y a de grands gestionnaires de fortune qui ne vont pas très bien et des gestionnaires de petite taille qui se portent très bien, parce que dotées du bon modèle», insiste-t-il. Un point de vue que rejoint Grégoire Pennone, CEO de One Swiss Bank (deux milliards de francs d’AuM), née en 2019 du rapprochement entre les banques privées familiales GS Banque et Banca Arner.

«Indépendamment de la taille, je pense que le modèle d’affaires est beaucoup plus critique», confirme Grégoire Pennone. «Il est vrai que la taille peut aider à dominer des concurrents par le biais des économies d’échelle. Un grand gestionnaire peut théoriquement offrir un niveau de service plus ou moins similaire à celui d’un concurrent plus petit, mais à moindres coûts», admet celui-ci. «Cependant, être petit ne signifie pas nécessairement être désavantagé. Un gestionnaire spécialisé ou doté d’une expertise particulière, que des grandes institutions ne peuvent pas facilement répliquer, peut aisément justifier des tarifs plus élevés et s’assurer des marges plus importantes.»

Il est possible de travailler sur les coûts

Le CEO de One Swiss Bank évoque du reste le cas de Bonhôte, «qui illustre la façon dont une banque privée de taille relativement modeste a su croître d’abord grâce à son expertise et sa réputation dans l’immobilier suisse». Ainsi, selon lui, la logique de la taille est à relativiser dans le cadre d’une réflexion stratégique consistant à se demander comment générer de la profitabilité.

«En revanche, la taille peut être déterminante lorsqu’il s’agit de capter les grandes fortunes, puisque cela implique de disposer d’un réseau international d’apports d’affaires», confie Grégoire Pennone. «Il est donc tout à fait possible de générer des marges importantes grâce à de l’expertise tout en étant de petite taille, mais ça l’est beaucoup moins lorsqu’il s’agit de capter des fortunes à l’étranger, par exemple.»

Toutefois, si l’internationalisation des activités des petites banques privées est plus compliquée et certaines charges liées à la réglementation sont en hausse constante, elles peuvent néanmoins procéder à des mesures de réduction des coûts, dans un environnement où les clients ne sont plus aussi disposés à payer les mêmes frais qu’auparavant. «Le progrès de la digitalisation, l’accès à des technologies plus efficientes, ainsi que la pression baissière sur un certain nombre de salaires bancaires qui accompagnent ces développements technologiques, constituent des moyens de réduire les coûts pour les gestionnaires de fortune suisses», conclut Grégoire Pennone. 






 
 

AGEFI



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