Le tourisme suisse menacé par 3200 fermetures

vendredi, 01.05.2020

Selon un sondage mené par plusieurs associations de l’industrie, la branche est en danger. La probabilité de faillite y est élevée, atteignant 23%.

SM

Les restaurants seront autorisés à accueillir des hôtes à partir du 11 mai, l’incertitude demeure pour les autres domaines touristiques. (Keystone)

Des pertes massives de chiffres d’affaires et un taux d’occupation inhabituellement bas dans toute la Suisse: tels sont les risques de la crise du coronavirus pour l’industrie du tourisme, selon un sondage récent de la branche. La probabilité de faillite reste élevée avec 23 % et les crédits d’urgence n’injectent des liquidités qu’à court terme. Menacée par 3200 fermetures d’établissement et de plus de 30.000 pertes d’emploi, la branche demande d’autres mesures au Conseil fédéral et au Parlement. 

Sous la bannière de la Fédération suisse du tourisme et en collaboration avec Suisse Tourisme et l’Institut Tourisme de la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO Valais-Wallis); HotellerieSuisse, GastroSuisse, Remontées Mécaniques Suisses et l’Association suisse des managers en tourisme ont interrogé les acteurs du milieu, du 20 au 23 avril 2020, sur leur situation actuelle. Environ 3500 entreprises ont participé à ce sondage.
Selon ces associations, les résultats sont alarmants. L’hôtellerie escompte un taux d’occupation d’environ 9% en mai. En juin, juillet et août, le taux prévisionnel est à peine plus élevé, de 20 à 24 %. De plus, pour les mois de mai et de juin, 75 % des réservations ont déjà été annulées. Et les chiffres d’affaires suivent la même évolution: sur les seuls mois de mars à juin, une nouvelle estimation de la HES-SO annonce des pertes de 8,7 milliards de francs pour le secteur.

Mesure de soutien boiteuse

Parmi les aides mises en place par la Confédération, la réduction de l’horaire de travail constitue l’instrument auquel les établissements interrogés recourent le plus souvent (79%). Ce pourcentage s’élève même à environ 90% pour les entreprises des remontées mécaniques, de la restauration et de l’hôtellerie.

En revanche, il apparaît que seuls 41% des répondants ont demandé des crédits d’urgence, avec un recours un peu plus marqué dans la restauration (49%) et l’hôtellerie (45%). «De nombreuses PME redoutent une hausse de l’endettement et des intérêts et, pour cette raison, elles n’utilisent pas les crédits d’urgence dans leur intégralité», déclare Casimir Platzer, président de GastroSuisse.

Dans certaines régions, l’endettement des hôtels a grimpé jusqu’à environ 50%. Par conséquent, les représentants du tourisme souhaiteraient voir les crédits COVID-19 octroyés à taux zéro pendant toute la durée de leur validité. En outre, ils souhaiteraient voir le Parlement autoriser, dans le cadre d’une procédure ordinaire, l’annulation des remboursements de crédit en cas de difficultés.

Vague de faillites si rien ne change

Vu l’accentuation des pénuries de liquidités dès le mois de juin et la hausse de l’endettement, le risque de faillites sera très important. À l’échelle de la Suisse, près de 23% des établissements interrogés estiment que leur risque de faillite est élevé. Sur le plan régional, la Suisse romande, le Tessin et la région bâloise sont les plus touchés. Parallèlement, plus de 30.000 emplois sont en péril à l’heure actuelle. La situation est particulièrement tendue dans l’hôtellerie et la restauration. En conséquence, les associations de tourisme demandent à la sphère politique d’élargir les mesures de soutien financier dans le cadre d’un programme conjoncturel. «Les établissements sains et compétitifs ont besoin de perspectives pour l’après-coronavirus», affirme Andreas Züllig, président d’HotellerieSuisse. 

Combattre l’incertitude

Le désir de clarté et de sécurité de planification dont la branche du tourisme a fait part à la présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga dans une lettre ouverte ainsi que dans le cadre du sommet du tourisme du 26 avril dernier n’a été que partiellement satisfait cette semaine. Les restaurants seront autorisés à accueillir des hôtes à partir du 11 mai, l’incertitude demeure pour les autres domaines touristiques. Or, ces derniers ont urgemment besoin de sécurité de planification. «Il s’agit du seul moyen d’éviter un effondrement de la branche du tourisme cet été. La population doit planifier maintenant ses vacances sur le territoire national et pouvoir profiter de l’ensemble de l’offre touristique», insiste Nicolo Paganini, président de la Fédération suisse du tourisme, qui ajoute: «La santé de nos hôtes et de nos collaborateurs fait l’objet de la plus haute priorité.»

Pour l’industrie touristique, la réouverture doit inévitablement s’accompagner d’un programme d’impulsion de la part de la Confédération afin de stimuler la demande. Hans Wicki, président des Remontées Mécaniques Suisses, confirme: «C’est nécessaire pour redonner à la population la confiance de réserver des vacances et l’envie de séjourner en Suisse après une période sous tension.» En parallèle, la Suisse doit s’intéresser à de nouveau aux marchés étrangers, en raison de la longue durée de préparation, qui peut aller jusqu’à six mois avant la date du départ. D’autant plus que la concurrence internationale sera significativement accrue.






 
 

AGEFI



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