Des chercheurs de l’EPFL inventent une alternative low-cost au Bitcoin

lundi, 30.09.2019

Selon Rachid Guerraoui, professeur à la Faculté informatique et communications à l'EPFL, une alternative au Bitcoin se rapprochant du zéro-énergie est possible: elle dépend de notre compréhension de ce qui fait la sécurité des transactions.

MH

Avec ses collègues, Rachid Guerraoui prévoit de mettre à disposition de tous son nouveau système sous forme de code open-source, en téléchargement dès la fin 2020.

Rachid Guerraoui, professeur à la Faculté informatique et communications de l'EPFL, a imaginé une alternative zéro-energie au Bitcoin, à qui l'on reproche souvent des coûts énergétiques astronomiques et une empreinte carbone démesurée. "Cette approche dépend de notre compréhension de ce qui fait la sécurité des transactions" explique le directeur Rachid Guerraoui. Le système développé au Laboratoire de calcul distribué (DCL) représente un changement de paradigme sur la manière de concevoir les cryptomonnaies - et plus généralement sur la confiance dans le monde numérique.

Pour illustrer son propos, il use d’une métaphore légale: tous les acteurs de son système sont "innocents jusqu’à ce qu’ils soient démontrés coupables". Le postulat tranche avec le modèle traditionnel du Bitcoin, décrit pour la première fois en 2008 par Satoshi Nakamoto. Il repose sur la résolution d’un problème complexe,appelé "consensus", afin de garantir la sécurité des transactions.

Dans ce modèle,chaque acteur du système distribué doit s’accorder sur la validité de l’ensemble des transactions pour se prévenir des tricheurs – qui sinon pourraient par exemple tenter de dépenser deux fois les mêmes jetons numériques (double-dépense).

Pour prouver leur honnêteté et rejoindre un consensus, les acteurs doivent exécuter de complexes tâches de calculs – coûteuses en énergie – qui sont ensuite vérifiées par les autres acteurs. Mais dans leur nouveau système, Rachid Guerraoui et ses collègues renversent cette présomption de culpabilité, qui fait de chaque acteur un tricheur potentiel.

"Nous adoptons une approche minimaliste. Nous constatons que les acteurs n’ont pas besoin de rejoindre un consensus. Ils doivent seulement prévenir les comportements délictueux quand ils se manifestent", explique-t-il. "Nous partons donc du principe que tout le monde est honnête, et que si les acteurs repèrent un tricheur ils vont ignorer cette personne – et seulement cette personne".

Un coût énergétique égal à un échange d'email

En évacuant l’exigence de consensus, le nouveau système du laboratoire DCL, baptisé "Byzantine Reliable Broadcast", peut diriger en toute sécurité des transactions en cryptomonnaie avec un coût énergétique virtuellement nul – "plus ou moins celui d’un échange d’email", explique Rachid Guerraoui. On parle de quelques grammes de CO2, contre une estimation de 300 kilos pour chaque transaction en Bitcoin.

Cette approche pourrait représenter un important avantage sur le Bitcoin, dont on estime la consommation électrique globale proche de celle de l’Autriche, et l’empreinte carbone comparable au Danemark.

Sécurité assurée par un échantillon d'acteurs

Comment les acteurs peuvent-ils s’assurer de la sécurité d’une transaction en cryptomonnaie, s’ils ne sont pas certains de l’identité des tricheurs? Selon Rachid Guerraoui, ils doivent seulement communiquer les uns avec les autres.

"Imaginons par exemple qu’un tricheur veuille effectuer un paiement. Le système ne permettra à personne d’accepter son argent avant qu’un échantillon d’acteurs choisi au hasard confirme qu’il n’a pas envoyé cet argent à quelqu’un d’autre. Sinon, le virement ne sera pas accepté", explique-t-il. "Dans les grandes lignes, nous disons que tout ce dont vous avez besoin pour implémenter une cryptomonnaie, c’est d’échanger des informations avec un échantillon d’acteurs".

Avec ses collègues, Rachid Guerraoui prévoit de mettre à disposition de tous son nouveau système sous forme de code open-source, en téléchargement dès la fin 2020.






 
 

AGEFI




...