Iran: le retrait américain accroît l'insécurité des firmes suisses

mercredi, 09.05.2018

Selon le SECO, le rétablissement des sanctions pétrolières frappant l'Iran va renforcer l'insécurité juridique pour les sociétés helvétiques.

Donald Trump a annoncé le retrait pur et simple des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien. (keystone)

La décision des Etats-Unis de se retirer de l'accord nucléaire iranien aura un impact sur les entreprises suisses, estime le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO). Le rétablissement des sanctions pétrolières frappant la république des mollahs va renforcer l'insécurité juridique pour les sociétés helvétiques, en particulier les intermédiaires financiers.

La Suisse appelle toutes les "parties contractantes" à maintenir l'accord de Vienne conclu en 2015, a indiqué mercredi le SECO dans une prise de position écrite à l'agence awp.

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Désigné en 2013 comme l'un des intermédiaires financiers officiels pour les transferts internationaux avec l'Iran, la Banque de commerce et de placements (BCP), basée à Genève, a dit analyser "précautionneusement" la situation. Elle entend toujours se "conformer aux recommandations" des autorités suisses dans le respect de l'ensemble des sanctions.

Selon plusieurs observateurs, le retrait américain ne va toutefois pas entraîner une fuite des sociétés suisses hors d'Iran pour la simple et bonne raison que les investissements helvétiques dans le pays sont restés anecdotiques.

Frilosité

Directrice de la Chambre vaudoise de commerce et d'industrie, Claudine Amstein souligne que l'enthousiasme des entreprises du canton était fort après la signature de l'accord. Ces sociétés ont toutefois buté sur la frilosité des banques suisses, qui ont refusé de financer les investissements en Iran par crainte d'éventuelles sanctions américaines.

Emmenée par le conseiller d'Etat Philippe Leuba, une délégation vaudoise s'était rendue dans le pays fin 2017. A ce moment-là, le soufflé était déjà passablement retombé. Suite à l'élection de Donald Trump, beaucoup s'attendaient à une volte-face des Etats-Unis sur le dossier nucléaire iranien.

La délégation genevoise, avec le ministre Pierre Maudet à sa tête, s'était rendue en Iran en 2016, en pleine effervescence des relations Suisse-Iran. Ramin Kaweh, de la société de conseil Nexus Consulting, était du voyage. "Je suis très déçu par la décision des Etats-Unis", a régi ce citoyen iranien qui a grandi en Europe.

Sa société joue notamment le rôle d'intermédiaire dans les projets d'implantation entre l'Iran et des pays tiers.

Pour M. Kaweh, la motivation principale de ce retrait est économique, non pas politique. "Trump est un homme d'affaires. Il constate que l'Europe fait du commerce avec l'Iran, contrairement aux Etats-Unis. Il veut bloquer cela", affirme-t-il, citant l'exemple du projet du géant pétrolier français Total.

"Pas un faux eldorado"

Selon lui, l'Europe pourrait envoyer un signal positif à d'autres pays, comme la Suisse, en décidant de poursuivre les relations avec l'Iran envers et contre tout. Ramin Kaweh reconnaît toutefois que la prudence des banques constitue un obstacle. "Réaliser un virement est impossible, même 20.000 francs pour créer une Sàrl."

A Genève, une "dizaine de micro-sociétés" est active directement ou indirectement en Iran, dans des domaines d'activité très variés, a estimé Dejan Nikolic, délégué à la direction générale du développement économique, de la recherche et de l'innovation du canton.

"Assez peu de choses ont changé", a souligné pour sa part François Savary, directeur des investissements (CIO) du gestionnaire de fortune genevois Prime Partners. Ce connaisseur de l'Iran évoque également "la trouille" des entreprises causée par d'éventuelles sanctions américaines depuis l'entrée en vigueur de l'accord en 2015.

Administrateur d'un fonds axé sur les actions iraniennes, M. Savary explique que les actifs de ce véhicule de placement ont été peu à peu rapatriés ces derniers mois en prévision du retrait américain.

"Cela ne veut pas dire que l'Iran est un faux eldorado. C'est un pays avec un grand potentiel, peuplé de gens cultivés, regorgeant de richesses et d'atouts, comme le tourisme", affirme le stratégiste.

En 2016, les exportations suisses vers l'Iran représentaient 2,34 milliards de dollars, selon les indications du SECO. De ce point de vue, la Suisse était le 8e plus important partenaire économique du pays des mollah. (ats)






 
 

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