La Suisse pourrait compter près de 10.000 cas de coronavirus

vendredi, 13.03.2020

Selon l'analyste Pierre Dessemontet, le nombre de personnes affectées en Suisse par le coronavirus est beaucoup plus élevé que les chiffres officiels et approcherait les 10.000 cas.

La progression du nombre de cas dépend donc aussi de la robustesse du système sanitaire. (Keystone)

Selon l'analyste Pierre Dessemontet, le nombre de personnes affectées en Suisse par le coronavirus se monterait plutôt à 10.000. Lui et d'autres experts appellent la population à suivre les consignes sanitaires.

"En réalité si l'on extrapole sur la base de la vitesse de la progression, la Suisse compte sans doute près de 10'000 cas", explique Pierre Dessemontet, spécialiste dans les données géographiques, à La Liberté, au Courrier et à Arcinfo. Il se base notamment sur une étude publiée le 10 mars sur le site Medium.com, largement partagée depuis sur les réseaux sociaux.

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Intitulée "Coronavirus: Why you must act now" (ndlr: "Coronavirus: Pourquoi vous devez agir maintenant"), elle tentait de dresser un tableau plus réaliste de la situation du coronavirus dans le monde, concluant à un nombre de cas nettement supérieur aux chiffres officiels.

"Cette conclusion résulte d'un vrai travail de statisticien. Elle se base sur le nombre de décès, en prenant en compte les conditions et la qualité des systèmes sanitaires propres à chaque pays, laquelle peut varier de un à trois ou de un à quatre en fonction de la qualité de la réponse apportée par les autorités", commente Pierre Deesemontet, aussi directeur du bureau d'études Migrogis à Yverdon.

Et de souligner ainsi que la progression du nombre de cas dépend donc aussi de la robustesse du système sanitaire. "Le nôtre est bien organisé et ne devrait pas être submergé", ajoute le chargé de cours à l'EFPL.

"Discipline de la population"

Pour expliquer ce décalage, l'analyste souligne que les statistiques sont basées sur le nombre de cas connus et identifiés. Mais, selon M. Dessemontet, de nombreuses personnes ne s'annoncent pas car elles ne se rendent même pas compte qu'elles sont infectées ou infectent les autres.

Interrogé sur la courbe de progression du virus en Suisse par Le Nouvelliste, le directeur de l'Hôpital du Valais, Eric Bonvin, estime que le message de l'Office fédéral de la santé publique est clair: "on ne maîtrise plus les cas d'infection, mais nous reste la possibilité de les freiner."Pour ce faire, le médecin souligne à plusieurs reprises que la "discipline de la population" face aux recommandations des autorités sanitaires est primordiale.

Si chacun prend ses responsabilités, la propagation peut ralentir et les services d'urgence et de soins intensifs ne seront pas surchargés, ajoute-t-il. "Chacun d'entre nous est la frontière", résume aussi Pierre Dessemontet dans Le Courrier.

Même constat de l'infectiologue Philippe Eggimann interrogé dans La Liberté et Arcinfo. Selon lui, les gens qui présentent des symptômes (toux, fièvre, problèmes respiratoires) doivent rester à la maison et être suivis par leur médecin. "Cela permettrait d'étaler la courbe de l'épidémie".

Quelles mesures?

Différents scénarios circulaient dans la presse en attendant les éventuelles nouvelles mesures que le Conseil fédéral devraient annoncer vendredi. L'un d'eux évoque la possibilité de descendre la barre des manifestations autorisées de 1000 personnes à 300. Pour l'infectiologue Philippe Eggimann, de nouvelles mesures sont en tout cas nécessaires avant le week-end, "un moment où les gens se rencontrent davantage".

Le temps d'incubation moyen de la maladie étant de trois à cinq jours, le Conseil fédéral pourrait "décourager les gens à fréquenter les endroits où il y a du monde" pendant ce laps de temps, estime aussi celui qui préside aussi la Société vaudoise de médecine (SVM). "A l'orée du week-end, cela permettrait de faire le point de la situation dans les hôpitaux d'ici lundi et d'adapter des mesures proportionnées ensuite.

Eric Bonvin note aussi que "si la vague de la pandémie est là, celle de la guérison aussi. Près de 99% des gens malades seront très probablement guéris."

"La mémoire s'est largement perdue"

Enfin, rappelle Pierre Dessemontet, les réponses des pays dépendent largement de leurs expériences passées. De fait, les voisins de la Chine, encore traumatisés par l'épidémie du SRAS en 2003 ont immédiatement réagi à l'annonce des premiers cas. "Chez nous, la dernière fois qu'une épidémie de cette ampleur s'est produite, c'était en 1918. La mémoire s'est largement perdue".(awp)

 

 






 
 

AGEFI



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