Les travailleurs, plus mobiles, retrouvent les centres-villes

mardi, 05.03.2019

Selon Credit Suisse, si l’immobilier de bureau est sur la voie de la reprise, les espaces de travail sont marqués par une tendance accrue à la flexibilité.

Sophie Marenne

Aujourd’hui, les sociétés veulent des espaces ouverts, flexibles et modulaires avec du mobilier facile à déplacer et des zones de communication non conventionnelles comme une bibliothèque ou un salon. (Keystone)

Le rebond conjoncturel de l’an dernier a stimulé la croissance de l’emploi et dopé la demande en surfaces de bureau restée bien longtemps atone. C’est ce qu’indique la nouvelle étude Marché immobilier suisse 2019 de Credit Suisse, dévoilée ce mardi. Alors que, l’an dernier, les économistes de la banque tablaient sur une demande de 300.000 m2 en la matière, ils estiment aujourd’hui qu’elle s’est plutôt établie à 600.000 m2. «Elle a dépassé nos attentes en s’appuyant sur la bonne conjoncture: près de 70.000 nouveaux emplois ont été créés sur un an dont pas loin de 50.000 dans le secteur tertiaire», commente Sara Carnazzi-Weber, responsable de l’analyse sectorielle et régionale. Pour 2019, les analystes prévoient néanmoins un léger tassement de la croissance de cette demande, à 400.000 m2. «Un chiffre moins élevé mais tout de même respectable au regard de la décennie écoulée», note-t-elle.

Au regard de l’offre, toutes les métropoles de Suisse –Bâle, Berne, Genève, Lausanne et Zurich ont un point commun: l’embellie part des centres-villes et progresse de l’intérieur vers l’extérieur. Ainsi, dans les cœurs de ville, les surfaces de bureaux proposées à la location ont déjà diminué de près de 20%, témoignant de la volonté des entreprises de se positionner en tant qu’employeur attractif pour la main-d’œuvre qualifiée.

La demande d’espaces de travail en mutation

«Le marché des surfaces de bureau est tributaire de la conjoncture mais aussi des tendances», avertit l’analyste. Ce segment de l’immobilier est en effet le théâtre de transformation, dans le sillage de l’évolution de l’univers professionnel. Les formes d’emploi atypiques – travail à temps partiel, engagements à durée déterminée, activités en freelance, job sharing, travail à la demande ou stages – sont en progression. La flexibilité du lieu et du temps de travail est sur toutes les lèvres. «Le travail mobile a été permis par les ordinateurs portables, les liaisons large bande et les solutions cloud. Cette souplesse correspond à un besoin et à une exigence des salariés. Désormais, c’est la tâche à accomplir qui détermine le lieu de travail, et non plus la localisation.»
Ceci dit, plus de 80% des actifs conservent un poste de travail fixe. «Mais ils y vont de moins en moins», nuance Sara Carnazzi-Weber. Le télétravail et travail mobile sont en progression. En 2017, déjà plus de 1,2 million de personnes actives occupées en Suisse, soit 28% de la population active, affirmaient travailler à domicile à l’occasion.

Les codes du monde du travail sont bousculés. «Cela a des conséquences sur la demande en termes de surface de bureau.» Aujourd’hui, les sociétés veulent des espaces ouverts, flexibles, intelligents et modulaires. Les fournisseurs de bureaux ont des enseignements à tirer de ces nouvelles exigences: plus d’espaces fixes, du mobilier facile à déplacer et des zones communes répondant au principe du desk sharing, le poste de travail fixe étant abandonné. La salle de réunion classique est concurrencée par des zones de communication non conventionnelles: bibliothèque, salon ou hall qui permettent d’échanger de façon informelle.

Cette quête de flexibilité s’observe d’ailleurs également sur le front des conditions de location. «Imaginez une start-up qui ne sait pas où elle sera d’ici cinq ans. Aura-t-elle été rachetée? Aura-t-elle triplé ses effectifs? Les contrats de location à long terme ne répondent pas à ses besoins.» Si la forme des surface de travail se flexibilise, les contrats aussi dans les conditions de bail. 

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AGEFI



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