Risques climatiques sur les marchés

lundi, 27.05.2019

Dr. Gerhard Wagner*

De la fonte des glaciers des Alpes et de l'Arctique aux incendies de forêt en Californie, les conséquences du changement climatique dû à l’humain sont de plus en plus visibles. Nos émissions de gaz à effet de serre déstabilisent le système climatique et augmentent les risques. Les points de basculement approchent si nous ne réduisons pas immédiatement nos émissions provenant des combustibles fossiles. Un point de bascule pourrait être le dégel du pergélisol dans l'Arctique qui libère d'énormes quantités de méthane dans l'atmosphère. Cela accélérera encore le réchauffement climatique et le rendra pratiquement irréversible. L'objectif de Paris ne sera alors pas atteint; c'est pourquoi des jeunes manifestent dans le monde entier. Les vendredis pour l'avenir sont rejoints par les scientifiques pour l'avenir. Ils sont plus de 12.000 à soutenir les jeunes en grève pour une meilleure politique climatique.

Après que d'innombrables sommets sur le climat n'aient pas réussi à se mettre d'accord sur des mesures concrètes, le scientifique Johan Rockström (Science, 2017) a proposé une règle simple, que de nombreux économistes de l'environnement et conseillers politiques du monde entier suivent: «Sur la base des 40 milliards de tonnes de dioxyde de carbone que les humains émettront dans l'atmosphère en 2020, seulement 20 gigatonnes seront émises dix ans plus tard, une autre décennie plus tard seulement dix, et en 2050 seulement environ cinq gigatonnes par an.» Si l'on suivait cette règle empirique, il y aurait une chance réaliste que la hausse de la température soit limitée à deux degrés Celsius par rapport à la période précédant l'industrialisation.

Les marchés traitent les informations et évaluent les opportunités et les risques. Les investisseurs ont pour mission de tenir compte des risques et des opportunités inhérents au changement climatique. Les risques matériels englobent les impacts directs sur la chaîne de création de valeur, par exemple les dommages causés aux installations de production par les phénomènes météorologiques extrêmes. Les risques du passage à une économie à faible émission sont considérés comme des risques liés à la transition. Ils peuvent engendrer une revalorisation des entreprises. Ces risques sont par exemple engendrés par des mesures politiques telles que l’introduction d’un système commercial pour le CO2, d’une taxe ou par la promotion des technologies à faible émission.

Les actifs échoués sont des investissements qui subissent une dévaluation inattendue par les marchés en raison de l'évolution de la réglementation, de l'environnement physique ou des nouvelles technologies. Un exemple d'actif échoué serait une centrale au charbon qui n'est plus autorisée à fonctionner en raison de critères d'efficacité des émissions plus élevés. Il n'est pas exclu que des actifs échoués puissent être créés à grande échelle en conséquence d'une forte hausse des prix du CO2.

C’est seulement lorsque les risques climatiques sont transparents qu’ils peuvent être intégrés par les marchés. Outre le prix des émissions, l’empreinte carbone des entreprises et des fonds de placement constitue une étape supplémentaire pour mieux comprendre les risques climatiques. L’empreinte carbone permet de mesurer les émissions provoquées directement par les entreprises, notamment par l’achat d’électricité et de chaleur. L’empreinte carbone des fonds durables de Swisscanto Invest par rapport au benchmark permettent de constater qu’ils sont nettement plus performants que le benchmark en matière d’émissions de CO2. Conclusion évidente: les entreprises et actions des fonds durables sont moins concernées par la hausse des prix du CO2 que la moyenne du benchmark. Un avantage manifeste pour les fonds durables.

* Responsable des placements durables, Swisscanto Invest by Zürcher Kantonalbank






 
 

AGEFI



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