Gilles Rufenacht : «Notre pire ennemi est l’abstentionnisme»

mercredi, 15.05.2019

RFFA. Dans la dernière ligne droite des votations cantonales et fédérales, le nouveau président de la CCIG se veut conquérant pour les votations de dimanche et compte sur une prise de conscience collective à quatre jours du scrutin.

Matteo Ianni

Gilles Rufenacht. Nouveau président de la CCIG.

C’est le sprint final. Les partisans de la déclinaison cantonale de la réforme fiscale des entreprises (RFFA) redoublent d’efforts pour convaincre les sceptiques. C’est d’ailleurs à J-4 de la votation populaire que Gilles Rufenacht, néo président de la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève (CCIG) a reçu l’Agefi pour un entretien. Actuel directeur des cliniques La Colline et des Grangettes  a rejoint la CCIG en 2013 en qualité de membre du conseil. Au niveau associatif, Gilles Rufenacht est aussi depuis 2012 président de Genève-Cliniques, l’association des cliniques privées genevoises. Optimiste, il veut croire au OUI dimanche. Il met en avant le «compromis équilibré» qui profitera aux entreprises et à l'ensemble de la population.

Vous êtes directeur des cliniques Hirslanden La Colline et des Grangettes. En outre, vous êtes membre du  conseil de direction de la FER et vous voilà désormais président de la CCIG. Vous êtes sur tous les fronts. Peut-on dire que vous êtes la figure forte de Genève?

Ce n’est pas à moi de le dire. Dans tous les cas, ce n’est pas un but en soi. En tant que directeur de cliniques privées et président de Genève-Cliniques, l’association des cliniques privées genevoises, j’ai toujours été sensible au bien public. Je n’arrive pas à être attentiste, surtout quand il y a un rôle à jouer pour la collectivité, dans différents domaines.

J’ai, par exemple, défendu l’intérêt des Genevois  dans le cadre des primes d’assurance maladie et des coûts de la santé. Désormais, en qualité de président de la CCIG, mon intention reste la même, mais elle se tourne vers le monde entrepreneurial. J’ai rejoint la CCIG en 2013 en qualité de membre du conseil. On m’a sollicité pour devenir le président et j’ai accepté de relever ce défi, car il y avait une actualité forte liée à la campagne sur la Réforme fiscale et financement de l'AVS (RFFA).

 Vous succédez à Carlos «Charly» Torres, président sortant et ancien CEO de la manufacture horlogère Vacheron Constantin. Il voulait insuffler cet esprit entrepreneurial à tous les échelons de la CCIG. Et vous, quel est votre discours?

Notre souhait, avec Vincent Subilia, nouveau directeur général, est de favoriser les rencontres et de rapprocher nos 2300 membres. Ils évoluent dans un tissu économique genevois appelé à se fortifier ou à se renouveler pour faire face aux nouveaux défis auxquels ils font face. Notre mission est de les accompagner dans ces changements et leur proposer une valeur ajoutée. Cela passe par des mises en contact et des rencontres ciblées et efficaces, y compris avec nos politiques, destinées à influencer le développement de leurs activités. Terminé les grandes séances plénières dans les auditoriums. Notre idée, est de fonctionner comme un club des entreprises actif dans l’aide aux entreprises étrangères désirant s’établir à Genève et, d’abord ai-je envie de souligner, pour les entreprises locales et au service de leur développement. Le centre commercial numérique lancé par Sébastien Aeschbach et Mathias Frölicher destiné à promouvoir les acteurs du commerce de détails locaux est exemplaire. A l’image de cette plateforme faite par des commerçants pour les commerçants, la CCIG est une association d’entrepreneurs au service des entrepreneurs, de la start-up à l’artisan jusqu’à la multinationale, sans distinction et avec la même attention. 

Le mot d'ordre de cette année pour la CCIG, c’est la Réforme fiscale et financement de l'AVS (RFFA). Pourtant, à J-4, le taux de participation était de 26,1 %, un pourcentage en dessous de la moyenne des quatre derniers scrutins. Selon vous, l’objet de la votation est-il trop complexe ? Comment faire face à un si taux faible de participation? 
C’est la dernière semaine, tout se joue maintenant. La campagne n’est néanmoins pas encore terminée. On compte sur ces quatre derniers jours pour mobiliser un maximum d’électeurs. Sans aucun doute, notre pire ennemi est l’abstentionnisme. C’est notre combat jusqu’à dimanche midi : voter et faire voter. Concernant ce taux faible de participation, il peut s’expliquer peut-être par cet effet «non clivant» de la campagne. J’espère vraiment qu’il va monter. J’espère qu’on atteindra un minimum de 40% de participation ici à Genève.  Tous les membres de la CCIG sont aussi mobilisés.  

Suite aux derniers sondages, sur le volet fédéral, la RFFA est bien partie pour être acceptée par le peuple le 19 mai. 59% d'avis favorables, contre 35% d'avis défavorables. Êtes-vous confiants pour le canton de Genève?

Au niveau fédéral, je pense effectivement que cela va passer. Pour le volet cantonal, je dirai que notre état d’esprit est conquérant. Une campagne n’est jamais gagnée, jusqu’au dernier jour. C’est la raison pour laquelle je ne peux pas vous dire que nous sommes confiants. Mais le sentiment général est positif.

En tant que président de la CCIG, quels scénarii avez-vous néanmoins prévus en en cas de refus de la RFFA à Genève? 

Le plan C n’existe pas. Je rappelle que la RFFA est déjà un Plan B. En 2017, les Suisses rejetaient la troisième réforme de l'imposition des entreprises (RIE III) et la réforme des retraites Prévoyance vieillesse 2020. Pour reprendre les termes du conseiller fédéral Alain Berset, on assiste au grand retour du compromis helvétique.  La RFFA est ainsi une réforme équilibrée qui maintient l’attractivité et la compétitivité de la Suisse et de Genève tout en renforçant les prestations sociales.  Le scénario du pire pour Genève serait celui d’un oui à la version fédérale et d’un non à la version cantonale, avec 24,2% de taxation pour toutes les entreprises. Notre canton doit rester compétitif. N’oublions pas que les entreprises multinationales, actuellement au bénéfice des statuts spéciaux qui prendront fin le 1er janvier 2020, génèrent 61.000 emplois, directs et indirects, dans le canton.

Vous n’avez pas imaginé une seconde que la RFFA ne puisse pas passer?

Je suis peut-être un optimiste de nature, mais je crois au bon sens collectif. Le fait de maintenir l’emploi devrait être l’élément qui va porter la campagne. Car, ne l’oublions pas, c’est bien l’emploi qui est au cœur de cette réforme fiscale. Et donc, c’est toute la collectivité qui est touchée. L’autre élément est le maintien du financement public. On mise en effet sur cette dynamique économique pour maintenir le financement de nos écoles, de nos hôpitaux et des programmes culturels.

Doit-on craindre un exode d’entreprises genevoises vers le canton de Vaud? Quels discours tiennent les entrepreneurs genevois?

Forcément, il y aurait même un risque de délocalisation des PME sur Vaud, qui applique déjà 13,79%. Mais ce n’est pas le message que veut faire passer la Chambre. Nous avons appris de la campagne sur la RIE IIIqu’ il ne faut pas faire peur aux citoyens. L’idée est vraiment de faire prendre conscience des enjeux. C'est pour cette raison que je dis à tous nos membres ainsi qu’à mes différents contacts de voter, et de faire voter. Je commence d'ailleurs tous mes rendez-vous en posant la question «Avez-vous voté ?». Et j’ai recommandé aux 2300 membres de la CCIG de faire de même.

Quel est votre pronostic pour dimanche?

Tout va se jouer cette fin de semaine, mais je veux croire au oui.






 
 

AGEFI



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