Et si la Chine jouait la montre?

mardi, 21.05.2019

Revenu de manière fracassante sur le devant de la scène boursière la semaine passée, Donald Trump a, une nouvelle fois, été au cœur de l’actualité.

Olivier de Berranger*

En réitérant, d’abord, ses déclarations peu amènes et ses menaces à peine voilées envers la Chine. Il a répété que Pékin avait «brisé l’accord», s’est réjoui de la mise en place des nouveaux tarifs douaniers et a mis en garde contre un accord plus difficile à obtenir après sa potentielle réélection. Et si certaines déclarations étaient plus positives, c’est toujours ce ton vindicatif qui domine.

En signant, ensuite, un décret interdisant aux opérateurs américains de télécommunications de se fournir en équipements auprès de sociétés étrangères jugées à risque. Ce décret, adopté en invoquant l’«urgence nationale», vise directement la Chine – et en premier lieu le géant Huawei. Si cette mesure était prévue depuis quelques temps, elle prend une autre teinte au regard du regain de tensions actuel. La Chine a d’ailleurs immédiatement réagi en dénonçant un stratagème déloyal, qui pourrait «nuire davantage aux relations économiques et commerciales».

En reportant, enfin, de six mois sa décision sur une éventuelle taxation des voitures et pièces détachées européennes et japonaises. Une information d’abord rapportée par la presse américaine puis confirmée officiellement vendredi, et que les marchés ont interprétée comme marquant le retour d’un Trump plus «négociateur».

La marge de manœuvre des Etats-Unis se réduit

Il serait toutefois erroné d’analyser la situation actuelle uniquement au travers du positionnement et des déclarations de Donald Trump. La réponse chinoise est en effet tout aussi importante. En fin de semaine, Pékin a d’ailleurs refroidi des investisseurs sans doute trop optimistes en signalant avoir peu d’intérêt à poursuivre les négociations en raison du manque récent de sincérité de Donald Trump. Jusqu’ici, aucune date n’a été avancée pour la reprise des discussions, si ce n’est une potentielle rencontre entre Trump et Xi Jinping lors du G20 (les 28 et 29 juin prochain). Ces déclarations prouvent que la Chine pourrait être tentée de jouer la montre. En effet, même si 325 milliards de dollars de produits chinois supplémentaires sont menacés d’être surtaxés, la marge de manœuvre des Etats-Unis se réduit à chaque nouvelle hausse des tarifs.

Il est difficile de concevoir que Washington puisse augmenter davantage les droits de douane ou recourir au boycott massif de produits chinois, eu égard à l’importance des relations qu’entretiennent nombreuses entreprises américaines avec la Chine.

Le risque de l’enlisement

Par ailleurs, si l’impact de ce surplus de taxes sur l’économie chinoise est réel, il reste cependant mesuré et pourra être compensé par la mise en place de mesures de relance économique. Par ailleurs, la Chine n’est guère soumise à des perspectives électorales, et la fermeté de ses dirigeants dans ce dossier est soutenue par la population. La situation est différente pour Donald Trump, qui prépare une réélection en vue de laquelle un accord avec la Chine serait un atout majeur.

Plus qu’une rupture unilatérale des négociations ou une escalade des représailles, le risque central est donc l’enlisement. Et alors que les investisseurs considéraient un accord comme très probable, cela entraîne un retour des incertitudes. Une situation jamais vraiment appréciable pour les marchés.

Zoom sur un titre

Compass porté par l’Amérique du Nord

Le leader mondial de la restauration collective sous contrat a publié de bons résultats au titre du premier semestre de son exercice, notamment grâce à une dynamique qui reste excellente en Amérique du Nord.

La croissance du chiffre d’affaires ressort légèrement supérieure aux attentes, à +6,6% en organique.

L’Amérique du Nord, qui représente 60% de l’EBIT, reste un grand motif de satisfaction, avec une croissance du chiffre d’affaires de +7,9%, dynamisée par les gains de nouveaux contrats et dans une moindre mesure par la croissance externe. Les marges sont stables grâce à des mesures de productivité et de pricing permettant de compenser l’inflation.

En Europe – +5,5% de croissance des ventes – la performance est très satisfaisante au Royaume-Uni, grâce à la signature d’un gros contrat dans le secteur de la défense. L’Europe continentale progresse moins vite, avec des zones de faiblesse (comme France, avec le mouvement des gilets jaunes par exemple) mais les taux de rétention sont en hausse. Les marges sont en revanche en baisse, impactées par la montée en puissance de nouveaux contrats. Elles devraient cependant s’améliorer au deuxième semestre, en restant toutefois en légère baisse sur l’année.

Sur l’ensemble du groupe, la marge est stable, à 7,5%, ce qui démontre la capacité de Compass à tenir ses prix et ses coûts. Les perspectives 2019 de croissance des ventes ont été légèrement relevées, au-delà des attentes du consensus, et le discours accompagnant les résultats se révèle très positif sur les tendances fondamentales de l’industrie. Compte tenu de son profil de «croissance visible», la valorisation de Compass, à 21 fois les bénéfices à 12 mois, reste tout à fait raisonnable.

Défensif par excellence, le titre est en hausse modérée depuis le début de l’année et devrait progresser plus rapidement que les valeurs de son univers dans les semaines à venir.

*CIO La Financière de l’Echiquier






 
 

AGEFI



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