Retour vers le futur!

mardi, 27.11.2018

Xavier Comtesse*

Xavier Comtesse

La Suisse est un haut lieu de la recherche en intelligence artificielle (IA). La Fondation Dalle Molle a établi pas moins de trois instituts en Suisse: en 1971 le centre IA de Manno (IDSIA) dans la banlieue de Lugano, puis deux autres centres en Suisse romande, l’ISSCO à l’Université de Genève et ensuite en 1991 l’IDIAP à Martigny. C’est étonnant, c’est énorme.

Récit d’une visite par une importante délégation d’entrepreneurs romands à Manno sous la houlette de Florian Németi, directeur de la Chambre neuchâteloise du commerce et d’industrie.

Accueillie par le professeur Luca Maria Gamberdella, la visite de l’institut a donné le vertige aux participants tant ils ont voyagé entre un futur immédiat et un présent continu… de la maintenance prédictive à la logistique optimalisée par algorithmes savantes, des drones guidés par simple déplacement de votre bras à la robotique collaborative, du machine learning aux réseaux de neurones … le monde du futur se prépare au Tessin! UBS ne s’y est pas trompé puisqu’elle y installe - juste en face de l’institut - son centre mondial en IA. Le passé de l’institut dans le domaine de la recherche le place au niveau de Stanford, MIT dans les classements internationaux. D’ailleurs, l’un des anciens chercheurs de l’institut, Shane Legg, a fondé Deep Mind, revendu 500 millions à Google. Siri, Alexa, etc. utilisent des algorithmes développés à Manno. Remarquable!

Hugo van Buel, patron de Cla-Val, tout émerveillé par la visite, s’étonne que face aux 10.000 entreprises fortement innovantes que compte la Suisse, les autorités fédérales n’aient pas, comme en Allemagne, pris la mesure de l’importance de l’IA et de ce type d’institut. Luca Maria Gamberdella ajoute qu’à son avis, il faudrait former entre 10.000 et 20.000 «data ingénieurs» pour répondre à la demande actuelle. Il précise que c’est bien des «data ingénieurs» que l’on a besoin, à savoir des personnes qui vont appliquer les techniques du machine learning actuelle. Les «data scientistes» eux auront comme mission d’inventer la suite.

Mais pour l’heure, il s’agit de transférer tous les savoirs déjà opérationnels et il faut aller vite car dans la course internationale à l’innovation, on estime, dit Hugo van Buel, que chaque mois perdu aujourd’hui sur la concurrence prendra ensuite une année pour  rattraper le retard. Il faut donc, pour lui, élaborer un plan national en trois phases: (1) multiplier régionalement de tel centre car ce sont des ressources vitales dans la transition industrielle actuelle (2) transférer vers l’industrie ces savoirs accumulés et (3) généraliser les applications de l’IA pour que cela devienne de simples outils aux services des entreprises.

La Suisse était historiquement bien placée dans le domaine de l’intelligence artificielle. Elle a offert généreusement au monde ses découvertes scientifiques (et ses algorithmes). Maintenant qu’il s’agit de passer à une phase industrielle: elle s’endort! Réveillez-vous à Berne… l’industrie a besoin que vous fassiez quelque chose pour elle. C’est le dernier moment pour prendre le train du futur!

* Mathématicien






 
 

AGEFI



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