Retour de la quête au rendement en Europe: jusqu’à quand?

dimanche, 03.02.2019

Gianni Pugliese*

Les perspectives économiques européennes sont peu encourageantes. L’Allemagne a réduit ses prévisions de croissance à 1% pour 2019 contre un précédent pronostic de 1.8% en octobre dernier et l’Italie entre techniquement en récession puisqu’elle vient d’enchainer deux trimestres de croissance négative. Les investisseurs en déduisent que la politique monétaire de la Banque centrale européenne devra rester accommodante pendant un long moment encore. Le fort degré de conviction est corroboré par les mouvements des marchés. 

En effet, les rendements des obligations gouvernementales baissent dans toute l’Europe. Les rendements sur la courbe allemande sont négatifs jusqu’à la maturité 8 ans. Le 10 ans allemand paye un maigre 0,15%, pratiquement un plus bas depuis le mois de novembre 2016, et certains spécialistes prédisent un retour du taux en territoire négatif prochainement. 

Les obligations des pays périphériques tirent leur épingle du jeu, avec un 10 ans italien qui traite à 2,62% contre 3,60% en novembre dernier et son homologue grec qui s’échange à 3,87% comparé à 4,70% sur la même période. Enfin, les dettes d’entreprises renouent elles aussi avec la performance sur le marché secondaire et le succès sur le marché primaire. 

Les carnets d’ordres dépassent l’offre

Les carnets d’ordres dépassent de loin les montants offerts et les primes à l’émission rétrécissent: BMW, par exemple, a reçu une demande de 10,5 milliards d’euros pour un total de 3 milliards d’euros levés et a pu réduire sa prime à l’émission de 20bp par rapport à celle annoncée. Autant de signes qui montrent que les investisseurs se positionnent dans l’optique de continuité de stimulus de la BCE et non dans celle de la normalisation de sa politique monétaire. 

L’impact est aussi visible sur les indices obligataires. Le Bloomberg Barclays Euro Corporate (obligations d’entreprises en catégorie d’investissement) affiche une performance de +1,09% au mois de janvier, contre +0,77% pour l’indice des obligations du gouvernement allemand. Son rendement est passé de 1,41% à 1,15% depuis le 8 janvier et la prime de risque s’est rétrécie de –20bp à 142bp, des plus bas en deux mois. La conviction d’une politique monétaire accommodante prolongée est célébrée par tous les segments du marché obligataire: des obligations gouvernementales aux obligations d’entreprises; des notations AAA aux obligations spéculatives; des maturités courtes aux maturités longues. 

Le bon vieux temps de la quête au rendement est de retour, avec comme conséquence une augmentation des prises de risques de duration et/ou de crédit. Mais pour combien de temps? Probablement aussi longtemps que le resserrement de la politique monétaire semblera lointain. D’ici là, les émetteurs les plus solides pourront en profiter pour se financer à moindre coût alors que les plus vulnérables pourront garder un accès au marché des capitaux grâce à des investisseurs moins regardants sur la qualité des bilans.

*Analyste obligations chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



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