Retour à Calvin

dimanche, 02.06.2019

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

Au XVIe siècle quelques réformateurs surgirent de la chrétienté pour affirmer que l’Eglise de l’époque, compromise avec le pouvoir politique et financier, devait revenir aux sources du christianisme. Il  faudrait de pareils héros pour gérer les bouleversements contemporains: l’éveil de la Chine,  le défi climatique, la mondialisation, la révolution numérique, la montée des populismes.

A l’époque de Calvin, l’exploitation des ressources naturelles se limitait à ce qui est renouvelable, le produit d’une agriculture et d’un élevage sans engrais ou pesticides chimiques ainsi qu’une exploitation du bois ou de l’énergie hydraulique et éolienne comme seules sources d’énergie. C’est un système intrinsèquement stable, à côté duquel le nôtre apparaît comme dispendieux, irréfléchi et immoral. Notre prospérité insolente est le fruit de la destruction de ressources non renouvelables, comme les combustibles fossiles, l’eau des nappes phréatiques, la composition de l’atmosphère. Par la force des choses, les contemporains de Calvin vivaient au seul détriment de l’énergie solaire.

Néanmoins Calvin, né en 1509, était encore imprégné du souvenir de la catastrophe écologique, économique, démographique et politique du siècle précédent: la famine de 1315, la Guerre de Cent Ans en 1337 et la Peste noire en 1347. La population européenne s’effondra parce qu’elle avait dépassé les limites de ce que les techniques élémentaires de l’époque permettaient de supporter. Certes les ressources n’étaient pas surexploitées comme elles le sont maintenant, mais la démographie avait dépassé les bornes du système technique. 

Jean Calvin avait compris que le gaspillage des ressources, l’ostentation des riches, les disparités sociales ne sont pas admissibles, car elles poussent à la surconsommation. Et cette gestion à la fois écologique et économique de la création présuppose un effort spirituel. L’individu vorace et égoïste doit apprendre à économiser et investir. 

Face au défi urgent en notre siècle, quel est le programme politique raisonnable? Economiser l’énergie, les minerais, les terres arables, l’eau, l’air avant que l’on n’y soit contraint par des catastrophes, qui seront aussi imprévues que prévisibles. Mais les mesures concrètes d’économie d’énergie sont repoussées par le gouvernement, l’administration et le parlement. 

Ce nécessaire effort est impopulaire en politique, par l’effet conjugué de l’ignorance, de la démagogie, de la négligence et de la complaisance qui sont autant de déficiences morales. Nous n’en sortirons pas sans la révolution spirituelle à laquelle Jean Calvin nous appelle depuis cinq siècles. Mais il disposait d’un levier aujourd’hui disparu: l’universalité de l’appartenance religieuse. Il a pu prêcher l’austérité au nom de la transcendance. Nous avons perdu cette ressource.

* Professeur honoraire, EPFL






 
 

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