Rester investi en 2020

jeudi, 23.01.2020

Emmanuel Ferry*

Emmanuel Ferry

La fin de cycle est proche, mais elle pourrait encore se faire attendre. 2020 a la capacité de surprendre encore à la hausse.
Le thème de la fin du cycle est consensuel depuis quelque temps. Il signifie avoir un biais qualité pour faire face à la multiplication des signes de fragilité traditionnellement observables à ce moment du cycle: moins de croissance, plus d’inflation, hausse de la volatilité et de la dispersion des résultats des sociétés, questionnement sur la solvabilité des emprunteurs les plus vulnérables, réduction préventive des grands risques (concentration, liquidité, levier), etc. Les déséquilibres se sont accumulés après une décennie de reflation des actifs financiers par les banques centrales et une décennie sans récession. Toutefois, le mini-cycle d’assouplissement monétaire qui a eu lieu en 2019 est susceptible de relancer une dynamique de marché, avec trois caractéristiques fortes. D’abord, les investisseurs retrouvent de la capacité à reprendre du risque dans un contexte de débouclage du biais défensif des portefeuilles. Puis, on peut s’attendre à une extension de la rotation vers les actifs cycliques et les marchés en retard. Enfin, les performances des différentes classes d’actifs devraient connaitre une plus grande dispersion des classes d’actifs sous l’effet de la remontée des taux d’intérêt et de la repentification de la courbe des taux d’intérêt.
L’année 2019 a été dominée jusqu’au mois d’août par une rotation défensive, qui a connu son paroxysme lors de l’épisode d’inversion de la courbe des taux d’intérêt aux Etats-Unis. Le message de la courbe des taux a été trop rapidement interprété en récession imminente, alors que les facteurs de propagation étaient absents (remontée du chômage, écartement des spreads de crédit, durcissement des conditions de crédit de la part des banques commerciales). Depuis, on observe de la part des investisseurs une reprise du risque. Depuis le point bas du cycle conjoncturel en septembre 2019, les actifs cycliques ont déjà fortement rebondi, soutenus par un processus d’expansion des multiples de valorisation. Si on se base sur les précédents épisodes de reprise (1995, 1998, 2012, 2016), le mouvement pourrait se prolonger au moins au cours des 12 prochains mois. La diminution de la probabilité de récession s’accompagne logiquement d’une remontée des taux d’intérêt à long terme, avec en toile de fond une triple dynamique: 1) l’arrêt de la dégradation de la conjoncture économique et des attentes sur les bénéfices des entreprises; 2) la confirmation du biais accommodant des politiques monétaires; 3) les appels à une relance budgétaire coordonnée avec l’action des banques centrales.
Le regain d’appétit pour le risque est alimenté par la levée progressive des aléas macro-financiers (cycle, Fed) et extra-financiers (Brexit, Trade War) dans un contexte de liquidité mondiale abondante et de sous-positionnement des investisseurs en actifs risqués. L’alignement des facteurs positifs est suffisamment rare pour ne pas rester fortement investi en 2020. Les élections américaines seront sources de volatilité, mais elles pourraient aussi donner une accélération haussière aux marchés après l’été.

* Directeur des investissements, Banque Pâris Bertrand






 
 

AGEFI




...