Rester et souffrir ou s’écouter et partir? Telle est la question

jeudi, 20.06.2019

Nathalie Brodard*

Nathalie Brodard

J’ai beaucoup de chance. Chaque matin quand je me lève, je suis heureuse de me rendre au bureau. Mon travail a du sens. Je crée du lien dans un domaine exigeant et compétitif. Je cherche à apporter de la valeur aussi bien aux entreprises qu’aux candidat(e)s en alignant les besoins des uns et des autres. Or, à force de côtoyer ces hommes et ces femmes occupant des postes à grande valeur ajoutée, je réalise que l’épanouissement professionnel des plus formés, des plus compétents, ne va pas de soi. 

J’en reçois beaucoup de ces cadres seniors qui quittent tout du jour au lendemain; de ces employés déconnectés des missions qui leur sont confiées; de ces dirigeants bien rémunérés qui ne veulent plus être les fusibles de restructurations stériles. La perte de sens dans son travail, ou le «brown-out», n’est que le énième terme décrivant ces mal-êtres au travail. Ces détresses qui touchent de plus en plus de personnes, les poussent souvent à une démission vécue comme l’unique manière de s’en sortir, presque un geste de survie. Je constate aussi que les cadres et les employés hautement qualifiés ne changent plus d’emploi pour un salaire encore meilleur. L’argent ne fait pas leur bonheur. Il est une nécessité pour subvenir à leurs besoins. A partir d’un certain niveau de revenu, la recherche de sens, la volonté d’avoir un impact, sont plus importants que l’augmentation de leur salaire. L’argent n’est plus mentionné comme une finalité...

Alors, si une rémunération à la hauteur de leurs qualités ne suffit plus pour permettre aux cadres ou aux collaborateurs, quelle que soit leur position, de résister à toutes les exigences, qu’est-ce qui peut les retenir? Quels sont les ingrédients indispensables à leur épanouissement professionnel? De nombreux candidats m’ont donné un argument simple: «Je ne me sens plus en adéquation avec ce que je fais. J’ai envie de trouver un poste qui se rapproche de mes valeurs, qui ait un sens.»

Lorsqu’une personne est continuellement bousculée dans sa vision du monde, le lien avec l’entreprise se délite. L’envie et le plaisir se dégonflent. Dans ces cas-là, il est sain de s’en aller. L’équation est basique: s’accrocher pour souffrir ou partir pour utiliser son énergie à explorer le marché du travail et s’engager sur une nouvelle voie.

La vie professionnelle est longue et oser l’introspection, oser le changement, est nécessaire pour ne pas s’émousser. Alors, avez-vous toujours envie d’aller travailler le lundi matin? Votre fardeau n’est-il pas trop lourd? Quels plaisirs quotidiens retirez-vous de votre activité? Etes-vous toujours force de proposition ou vous lamentez-vous sur votre sort? Le confort de la routine ont-ils eu raison de vos envies? 

Ces questions ressemblent à celles que l’on se pose lorsque son mariage bat de l’aile… Un contrat de travail, ce n’est pourtant pas un mariage. Mais le mécanisme est similaire. C’est pour trouver - ou retrouver - cette étincelle que l’on se lève un jour et qu’on quitte son poste, comme ça. Pour redonner un sens à sa vie professionnelle. 

Lorsqu’ils arrivent dans mon bureau, ces hommes et ces femmes-là ont un bagage incroyable et du plaisir en pagaille. Ils donnent du sens à mon quotidien. Oui, j’ai beaucoup de chance. Et vous?

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