Rencontre avec un révolutionnaire du numérique

mardi, 09.04.2019

Xavier Comtesse*

Xavier Comtesse*

Si la révolution du numérique est une réalité alors il doit exister des révolutionnaires. Mais qui sont-ils? Que font-ils? Comment pensent-ils? D’abord ils sont pour la plupart des développeurs qui font le software d’Airbnb, de PayPal, d'Uber, mais aussi d’Alibaba ou encore de Google. Ensuite c’est une communauté qui a un état d’esprit, une attitude, une culture: la «culture dev»! Une chose est tout de même étrange: il transforme le monde et le grand public ne les connaît pas. Levons un peu le voile aujourd’hui. Entretien avec l’un deux, quelque part sur la métropole lémanique. Il s’appelle Boris Saulnier.

La culture «dev»: c’est quoi?

Avoir la culture de l’erreur, du feedback et du développement agile, et des relations transversales directes.
Considérer que le «dev» et la data font désormais partie de mon cœur de métier, quel que soit mon métier, que cette intégration à mon cœur de métier est une condition de survie (et ressentir la menace des GAFA et des licornes). Considérer que le «dev» n’est pas qu’un centre de coût, mais également un centre de profit.
Comprendre l’effet démultiplicateur qu’il y a à «api-iser» les systèmes et à interconnecter les silos de data. Que celui bloque l’accès à la data ait à se justifier plutôt que celui veut accéder à la data; systématiquement cataloguer la data (que chacun puisse savoir quelle data existe).
Comprendre qu’il n’existe pas de de donnée «brute»: la data est toujours le résultat d’un traitement, et d’un choix de représentation (la data est un objet, au sens de la prog objet, et pas seulement une série de chiffres dans un tableur). C’est pour ça que le «data scientist» et le spécialiste métier doivent en partie apprendre le langage «de l’autre», et co-construire ensemble à la fois la question et la réponse et donc: avoir ses propres développeurs (plutôt qu’externaliser), limiter les contrats de prestation et permettre un contact direct ente le développeur et la personne du métier (réunir deux hémisphères dans une même boîte, crânienne).

Pourquoi il n’y a pas de «dev» au niveau des directions?

D’abord je vois une différence dans la nature des personnes. D’un côté, un goût et des capacités politiques (création de réseau, communication, faire savoir, capacité à convaincre); et du côté du développeur, un goût pour la technique et le «comment ça marche», la volonté de comprendre et de savoir-faire (soi-même), et une attitude plus «anarchiste» (reconnaître des maîtres plutôt que des chefs).
Ensuite, avant les GAFA, l’entreprise voit le développeur comme un mal nécessaire, un coût difficile à maîtriser. D’où l’idée d’externaliser la fonction, d’interposer des business analysts et la méfiance envers le développeur.

Comment créer des «tiers lieux» favorable à la culture «dev»?

Un développeur seul chez lui peut trouver des réponses en ligne; mais au sein d’une communauté il gagne de la force, du temps et de la culture. Donc, s’il y a une volonté politique de subventionner par exemple les fablabs, les incubateurs, les stages de «dev» pour les jeunes, et aussi les co-organisations des conférences internationales dédié aux «dev», de promouvoir le «dev» dans les écoles, d’organiser des concours e.hackathons de créer un «tiers lieux» pour eux. Cela me semble être des éléments possibles pour amorcer des réactions en chaîne.
Dans le cas d’une ville, il y par exemple Zoug où j’avais trouvé intéressant de développer un projet d’identité sur la blockchain (avec des mécanismes intéressants de régénération des clés privées par des tiers de confiance en cas de perte) En plus de l’intérêt potentiel du service, le projet s’il est réalisé sur place contribue à créer une communauté «dev» et donne une image «dev». Et c’est un projet qui en appelle d’autres.

* Mathématicien






 
 

AGEFI



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