Réformes structurelles

mardi, 27.11.2018

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Tous les pays du monde pourraient tirer les bénéfices de réformes structurelles. Et la Suisse n’est pas une exception. En 11 ans, le pays a reculé de 23 places dans l’indice de la Banque mondiale «Doing Business». Un domaine qui importe beaucoup plus que d’autres est l’éducation. Aristote disait «Donnez-moi un enfant jusqu’à l’âge de 7 ans et je vous rendrai un homme».

Il est ainsi encourageant que le nombre d’enfants entre 3 et 5 ans qui vont à l’école (maternelle) ait augmenté de 10 points de pourcentage en 10 ans (OCDE: Organisation de coopération et de développement économiques). La France est le pays qui scolarise le plus ses petits, pratiquement à 100%, tandis que l’Arabie saoudite affiche le taux le moins élevé à quelque 20%. La Suisse a le troisième taux le plus faible, à environ 50%, et donc en-dessous de pays comme le Costa Rica, la Grèce, ainsi que les Etats-Unis.

La moyenne des pays-membres de l’OCDE se trouve au-dessus de 80%. Pour financer l’éducation des petits, l’OCDE dépense 0,6% du PIB (produit intérieur brut) en moyenne, avec une variation importante entre la Suède à pratiquement 1,4% du PIB et l’Irlande a à peine 0,1% de son PIB. La Suisse dépense environ 0,4% du PIB, elle est encore une fois largement en-dessous de la moyenne des pays de l’OCDE à 0,6% du PIB.
Le temps que les enseignants passent à enseigner aux jeunes dans le système secondaire varie également entre les pays. La Colombie est le pays qui occupe le plus ses enseignants, à hauteur d’environ 75%, chose que se traduit, bien sûr, par un nombre élevé d’heures de cours. La Suisse est encore en-dessous de la moyenne de l’OCDE avec quelque 35% du temps des enseignants consacré à donner des cours, mais reste au-dessus de la moyenne concernant le nombre d’heures.

L’étude nommée PISA (Programme for International Student Assessment) menée tous les trois ans par l’OCDE (dont la version 2018 est encore en production) mesure la performance des jeunes de 15 ans en sciences, lecture, et mathématiques. En 2015, elle révélait un lien étroit entre l’éducation des petits et la performance des ados. La France, malgré l’accent mis sur la scolarité des petits, se classait 9 rangs en-dessous de la Suisse. Néanmoins, une recherche riche et ample sur le sujet suggère que les enfants qui en bénéficient sont plus doués socialement, ont moins besoin de cours de soutien, obtiennent des meilleures notes par la suite, et font preuve d’une capacité d’attention augmentée.  

Peut-être que la Suisse a tout simplement d’autres priorités, car le pays compte un nombre élevé de doctorants. Seul le Luxembourg attirent plus de doctorants internationaux que la Suisse. La performance suisse est davantage en ligne avec la moyenne des autres pays concernant les masters et les bachelors. Il est pourtant intéressant de noter que le plus grand nombre d’étudiants internationaux en Suisse provient de l’Allemagne et de la France (FSO 2014) - deux pays voisins, certes, mais également deux pays avec des taux d’éducation des enfants de 3 à 5 ans deux fois plus élevés que la Confédération.

La Suisse pourrait se contenter de faire des docteurs des petits des autres pays, mais il semblerait bien que la Suisse a tout intérêt à ouvrir un chantier au niveau de l’éducation de ses propres petits.

* Chef économiste, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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