Un fort regain d’appétit pour les obligations émergentes

dimanche, 20.01.2019

Qu’ont en commun l’Arabie Saoudite, la Turquie et les Philippines? Il viennent de débuter leurs programme de financement.

Catherine Reichlin*

Qu’ont en commun l’Arabie Saoudite, la Turquie et les Philippines? Outre le fait d’être catégorisés comme émergents, ces trois pays ont débuté leur programme de financement 2019 dans la première moitié de janvier. Le Royaume d’Arabie Saoudite (RSA) a émis deux obligations, à 10 ans (T+175bp) et à 30 ans (T+230bp), pour un montant total de 7,5 milliards de dollars. Soit plus de la moitié son programme de financement 2019 qui s’élève à 13 milliards de dollars. 

Cette levée a été réalisée avec une déconcertante aisance puisque les carnets d’ordres ont atteint... 27 milliards de dollars! A peine trois mois après l’assassinat du journaliste Khashoggi, les marchés financiers montrent qu’ils se tournent vers l’avenir et laissent les activistes militer en faveur du respect des droits de l’homme. L’inclusion du RSA dans les principaux indices émergents a sans doute pesé dans la balance. L’Arabie Saoudite va entrer dès le mois de mars dans l’indice FTSE Russell Marchés Emergents et dès le mois de juin dans l’indice MSCI Marchés Emergents. 

Avec plus de 70 milliards de dollars de dette le RSA est l’un des principaux marchés à ne pas encore être représenté dans les indices obligataires, une situation qui pourrait prochainement évoluer. Le succès a été tel que la prime initiale de 40bp par rapport au marché secondaire a été resserrée de 15-20bp selon la tranche. La tendance a continué dans le marché secondaire et les emprunts se sont resserrés de 15-20bp, en ligne avec les emprunts existants. Plus de la moitié de cette dette est en mains anglo-saxonnes (40% USA et 20% UK). 

Le récent clash sur la Syrie et la situation Kurde, n’a pas non plus freiné l’appétit du marché dans la souscription du nouvel emprunt pour la Turquie qui est parvenue à couvrir 25% de son besoin de financement 2019. L’emprunt de 2 milliards de dollars à 10 ans (T+497bp) a été deux fois sursouscrit et la prime concédée proche de celle de l’Arabie Saoudite. Les tensions avec les Etats-Unis n’ont pas, dans les premiers jours, permis de resserrement notable. Reste que la prime importante et le retour d’une certaine forme de confiance dans l’orthodoxie financière de la nouvelle équipe économique turque a finalement amené à un resserrement de 55bp de l’emprunt! Les niveaux restent pourtant loin de ceux qui prévalaient en février 2018: T 10 ans +267bp. 

Moins à l’avant de la scène de l’actualité, les Philippines n’ont concédé que 11bp pour un emprunt à 10 ans émis à T + 110bp. Là, également, avec des carnets d’ordres de $3.3mias, le pays a pu lever $1.5mia, soit la moitié de son besoin 2019, après avoir resserré de 20bp les conditions initiales. Malgré cela l’emprunt a performé et traite 10 jours après son lancement en dessous de la prime de primaire offerte (T + 95bp). 

Si la croyance populaire sait que ventre affamé n’a pas d’oreilles, il semblerait que les marchés financiers ne fassent pas exception: la tendance est à l’appétit!

*Responsable du service recherche financière, Mirabaud & Cie






 
 

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