Qu’est-ce que la souveraineté?

jeudi, 13.08.2020

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

Et d’abord qu’est-ce qu’un pays? L’expression de la volonté d’un peuple qui veut vivre ensemble en affirmant sa souveraineté. A ce point de vue, tous les pays ne se valent pas. Les uns feignent d’être l’expression de la volonté du peuple, qu’ils oppriment. D’autres sont fondés sur le vouloir de la Nation. Plus ou moins.

Du point de vue économique, les démocraties réussissaient systématiquement mieux que les dictatures, parce que chacun s’y sentait tenu de gagner sa vie. Depuis le réveil de la Chine, il n’est plus tellement sûr que les démocraties jouissent encore de cette exclusivité. On vient à en douter. C’est dangereux. L’injonction de Berthold Brecht met en garde: Erst kommt das Fressen, dann kommt die Moral. Certains peuples peuvent être tentés de troquer leur liberté contre une société d’abondance, de croire que c’est l’un ou l’autre.

La souveraineté de la Suisse se décline dans deux propositions: les Suisses sont souverains chez eux; ils s’abstiennent de toute interférence avec la souveraineté des autres. Enfin, à peu près. C’est un idéal qui souffre certaines entorses.

Car, la pandémie a mis à mal cette position. Il n’est pas possible de la maîtriser si le virus circule librement ailleurs, sauf à placer des barbelés sur tous les accès au pays. Cependant la pandémie a crûment révélé une faille bien cachée de la souveraineté: la pénurie en Suisse d’équipement médical, masques, surblouses, respirateurs, médicaments. Cette dernière pénurie est paradoxale dans un pays réputé pour ses firmes pharmaceutiques. La souveraineté sanitaire du pays fut délibérément sacrifiée aux impératifs financiers, sans que personne en soit responsable, sinon les automatismes du marché. Si cela coûte moins cher de fabriquer des molécules de base en Chine, on cède à cette tentation. Si les masques chinois coûtent moins cher que ceux fabriqués en Suisse ou même en Europe, on leur concède ce marché.

Après cette leçon payée par des morts (combien?), la souveraineté de la Suisse signifie d’être toujours fournie en produits de première nécessité, de ne pas se reposer sur des fournisseurs étrangers, surtout d’autres continents. La souveraineté, c’est d’abord produire sur le sol national tout ce dont on a un besoin pressant. 

A commencer par l’alimentation dont nous ne produisons que la moitié: existe-t-il un plan B qui permettrait, en cas de catastrophe climatique subite, de produire en Suisse plus de céréales et moins de viande, d’irriguer les champs en cas de sécheresse? Si l’extraction de pétrole doit être réduite ou supprimée devant une urgence climatique, comment satisfaire nos besoins en énergie? Ne serait-il pas grand temps d’installer des cellules photovoltaïques, des éoliennes, des pompes à chaleur avant d’y être obligés dans l’urgence?Une souveraineté réaliste se décline donc selon la formulation de Berthold Brecht: d’abord assurer les besoins vitaux, ensuite agiter le drapeau. Quelle armée pour quelles missions: des avions, des chars, des canons?

Quelle est la plus grande menace: une invasion du territoire ou de nos systèmes informatiques? Quelle agriculture pour quel horizon: des vaches ou du blé? Quelle médecine pour quels patients et à quel coût? Quelle relation internationale pour quelle souveraineté? 

*Ancien conseiller national






 
 

AGEFI



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