Quels sont les enjeux structurels liés aux tensions commerciales?

mardi, 21.05.2019

Arthur Jurus*

Arthur Jurus

Le regain de volatilité observé sur les marchés actions en mai s’est expliqué par la détérioration des négociations sino-américaines. Pourtant, les chiffres économiques aux Etats-Unis comme en Chine se sont ressaisis ces dernières semaines et les résultats au premier trimestre se sont avérés positifs pour la majorité des entreprises. La correction sur les marchés actions serait donc une réaction à un évènement politique et non lié à la détérioration des fondamentaux. 

L’effet économique de ces mesures protectionnistes seraient certes négatif mais sans effet sur les tendances structurelles de nos économies. La récession actuelle du commerce mondial de biens se prolongerait. L’instauration de la taxe à 10% sur les 200 milliards de produits avaient déjà coûté 6 points de croissance aux échanges internationaux. Leur doublement ne ferait qu’accentuer la contraction annuelle de 1,1% actuellement observée. Par conséquent, le PIB mondial serait amputé d’un dixième de point de croissance par an. Un chiffre relativement faible qui démontre ainsi la sur réaction des investisseurs face à l’évolution des négociations commerciales.

Le véritable enjeu porte sur la mise en concurrence des services à haute valeur ajoutée dans la technologie entre les acteurs chinois et américains. La hausse structurelle des actions américaines s’explique par le super-cycle de profit aux Etats-Unis en particulier dans les secteurs de la technologie et de la santé, moins sensibles à la contraction des échanges internationaux de biens. Les principaux acteurs chinois et américains bénéficient chacun d’une rente liée à des marchés oligopolistiques depuis dix ans. A cet effet, la récente expansion des services logistiques d’Alibaba en Europe marque la volonté d’internationalisation du groupe sur des marchés où Amazon opère déjà en leader. La mise en concurrence des services digitalisés alimente ainsi un risque plus élevé que l’accumulation de mesures protectionnistes tarifaires sur les marchandises.

Les Etats ne seraient qu’un outil au service de ces grands oligopoles. La fin du multilatéralisme n’est pas une stratégie propre au président Donald Trump mais une tendance structurelle entamée sous la présidence de Barack Obama et privilégiant le bilatéralisme. Ainsi, les prochaines élections américaines ne représenteraient pas nécessairement un point d’inflexion pour cette stratégie commerciale mais sa mise en scène. En revanche, les enjeux géopolitiques couplés à la mise en concurrence international des oligopoles existants dans le digital (les GAFAM américains vs les BAT chinois) renforceront les tensions commerciales. Chaque Etat aura ainsi intérêt à soutenir ses propres champions pour préserver l’utilisation des données numériques qui disposeront d’une valeur stratégique croissante.

Les tensions commerciales ont ainsi deux dimensions structurelles: un nouvel ordre mondial, où Américains et Chinois se partageraient l’économie numérique mondiale, et un nouveau mode de régulation ou les Etats deviendraient captifs des grandes entreprises du digital. Ce, au dépend des particuliers, incapable de monétiser leur utilisation de ces services digitaux, et des travailleurs dont la part dans la valeur ajoutée de nos économies continuera de décroître.

* Chef Economiste, Landolt & Cie 






 
 

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