Quels effets de l’évolution de la nutrition sur la santé entre 1990 et 2017?

jeudi, 20.06.2019

Jean-Philippe Desmartin*

Jean-Philippe Desmartin

La fondation Bill & Melinda Gates a publié en avril 2019 une étude(1) pointant du doigt le lien entre les facteurs de mortalité et l’alimentation des êtres humains à l’échelle mondiale. Cette analyse complète l’étude publiée en 2017 par les «Global Burden of Disease Study»(2).

L’étude a été réalisée sur un échantillon d’adultes âgés de 25 ans et plus vivant dans 195 pays du monde. La fondation a suivi leur consommation quotidienne de 15 facteurs nutritionnels sur une période de presque 30 ans (de 1990 à 2017). 

Les conclusions montrent que depuis les années 1990, les impacts négatifs liés aux risques alimentaires ont augmenté de manière significative pour s’élever à 11 millions de décès et 255 millions de déficiences ajustées par année de survie (Disability-Adjusted Life Year) en 2017. Les mêmes chiffres en 1990 s’élevaient à 8 millions de décès et 184 millions de déficiences. L’augmentation et le vieillissement de la population mondiale contribuent également à cette hausse.

Les trois facteurs les plus fréquents et présents dans les différentes parties du monde sont: la prise de sodium en quantité excessive, des carences en céréales complètes telles que le blé ou le quinoa et le manque de consommation de fruits. 

La mauvaise alimentation est donc un facteur augmentant les risques de maladies non transmissibles. Ces maladies sont définies selon l’Organisme mondial de la santé (OMS) comme de longue durée et d’évolution généralement lente telles que les maladies cardiovasculaires, certains cancers et les deux types de diabète(1 et 2). Or, ces dernières sont l’une des causes principales de décès dans le monde. Dans tous les cas, la consommation alimentaire a des effets sur l’espérance de vie des individus.

L’étude analyse également les modes de consommation alimentaire des individus en fonction de leur lieu de vie, ainsi que de leur âge et sexe. Par ailleurs, nous découvrons, sans surprise, que les hommes ingèrent plus de nourriture, saine ou moins saine, que les femmes.

Les régions les plus touchées par les maladies cardiovasculaires sont l’Asie centrale et l’Océanie tandis que la région la moins touchée est l’Asie Pacifique. La région la plus atteinte par les cancers liés à l’alimentation est l’Asie de l’Est tandis que l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient sont moins concernés. Enfin, pour ce qui en est du diabète, il est plus répandu en Océanie et moins en Asie Pacifique.

Au final, cette étude offre une vue d’ensemble sur l’enjeu de santé publique que représente l’alimentation sur le périmètre des maladies non transmissibles. On notera qu’une plus faible exposition au risque alimentaire a été observée dans les pays possédant un indice sociodémographique élevé. Le taux de mortalité lié à la nutrition, normalisé par tranche d’âge est en effet plus élevé dans les régions avec un faible indice sociodémographique indiquant ainsi une corrélation possible entre les questions de santé publique et le niveau de vie et d’éducation.

* Directeur de l’Investissement responsable, Edmond de Rothschild Asset Management

(1) www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(19)30041-8/fulltext

(2) www.healthdata.org/sites/default/files/files/policy_report/2019/GBD_2017_Booklet.pdf






 
 

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