La Chine après le Covid-19: une reprise rapide est-elle possible?

mardi, 19.05.2020

L’économie chinoise, qui affichait déjà sa plus faible croissance depuis 30 ans avant la pandémie, se contractera certainement pendant un trimestre supplémentaire.

Steven Watson*

Steven Watson

Après s’être mise brutalement à l’arrêt, la deuxième puissance économique mondiale redémarre doucement. Son gouvernement s’est montré plutôt optimiste concernant une reprise rapide alors que l’activité est encore fortement réduite dans certaines grandes économies du monde. Face au pessimisme ambiant et à la chute des cours pétroliers, une question taraude de nombreux opérateurs: l’économie chinoise parviendra-t-elle à surmonter ces chocs, à rebondir rapidement et à retrouver son rythme de croisière?

Je ne crois pas que l’on assistera à une normalisation rapide de l’économie chinoise. En guise de signe précurseur d’une reprise, l’indice des directeurs d’achats (PMI) du secteur manufacturier a dépassé les attentes en atteignant 52,0 en mars après avoir touché un plus bas record en février, ce qui atteste d’un retour à la croissance. Pourtant, nous pensons que l’économie chinoise, qui affichait déjà sa plus faible croissance depuis 30 ans avant que l’épidémie de coronavirus ne se déclare, se contractera pendant un trimestre supplémentaire. Une reprise en douceur est possible au second semestre 2020.

Les perspectives incertaines concernant l’économie mondiale ont également douché les espoirs d’un rebond rapide pour les Chinois. Le pays a considérablement réduit sa dépendance aux exportations et est donc moins vulnérable aux chocs externes, ce qui n’empêchera pas son secteur manufacturier de subir l’impact d’une demande mondiale en berne dans un contexte de ralentissement généralisé. Tout dépendra de la durée de la pandémie planétaire, ce qui reste la grande inconnue. Si l’économie mondiale entame un redressement dans les quatre prochains mois environ, alors le déficit de consommation actuel pourrait être partiellement compensé, car il y aura un rattrapage sur des achats différés. En revanche, une crise prolongée pourrait engendrer d’importantes faillites dans le monde, avec la fermeture des capacités de production correspondantes, ce qui aura un impact nettement supérieur sur la deuxième puissance économique. Dans un tel cas, c’est la propension à consommer des ménages chinois qui pourrait contribuer à sortir le pays de l’ornière.

Hormis l’incertitude liée au contexte actuel, la Chine bénéficie de nombreux leviers pour restaurer sa croissance économique. Rappelons que par rapport à d’autres pays, ses autorités disposent d’un large éventail d’outils. Parmi elles figurent notamment le financement de projets d’infrastructure par le biais d’émissions obligataires, mais aussi l’assouplissement des conditions de crédit, le soutien à l’investissement privé dans l’immobilier et les capacités de production, les allègements et crédits d’impôts, l’assouplissement des cotisations de retraite ou encore le versement direct d’aides financières aux consommateurs.

La Banque populaire de Chine pourrait quant à elle envisager d’abaisser le ratio de réserves obligatoires et de mettre en place différents types de mesures d’assouplissement quantitatifs, en abaissant par exemple le taux directeur de 200 points de base. Et avec un déficit public inférieur à 5 % du PIB, le gouvernement a toute latitude pour lancer un plan de relance budgétaire. Pour soulager les problèmes de liquidité, les banques se sont récemment vues demander de reporter le remboursement des prêts arrivant à échéance des petites et moyennes entreprises.

La chute des cours pétroliers pourrait toutefois être à double tranchant pour la Chine. D’un côté, le pays tirera parti des prix inférieurs, car il importe 60 % de sa consommation de pétrole, et pourrait profiter des niveaux actuels pour augmenter ses réserves. Mais de l’autre, la faiblesse des cours du brut frappera de plein fouet les grandes entreprises publiques du secteur pétrolier, mais aussi le secteur des énergies renouvelables (éolien, solaire), qui avait été dopé ces dernières années par le coût prohibitif d’autres énergies comme le pétrole.

L’optimisme demeure, mais il est encore trop tôt pour prédire une reprise rapide de l’économie chinoise.

* Gérant de portefeuille actions chez Capital Group






 
 

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