Election présidentielle cruciale pour Taïwan

samedi, 11.01.2020

Quelque 19 millions d'électeurs de Taïwan vont devoir choisir entre deux visions divergentes pour l'avenir de ce territoire convoité par la Chine.

Les électeurs doivent choisir entre la présidente sortante Tsai Ing-wen et son principal adversaire Han Kuo-yu. (Keystone)

Les Taïwanais votent samedi pour une élection présidentielle largement dominée par l'avenir des relations de cette île de plus de 23 millions d'habitants avec Pékin. Quelque 19 millions d'électeurs sont appelés à se prononcer.

Ils doivent choisir entre la présidente sortante Tsai Ing-wen et son principal adversaire Han Kuo-yu, qui défendent deux visions divergentes pour l'avenir du territoire, séparé politiquement du reste de la Chine depuis sept décennies.

Mme Tsai, qui a voté dans la matinée, a indiqué à la presse espérer que les Taïwanais accomplissent leur devoir de citoyen afin de "rendre la démocratie taïwanaise plus forte".

Pour sa part, M. Han s'est refusé à tout commentaire après son passage dans un bureau de vote installé dans un temple à Kaohsiung, la seconde plus grande ville de Taïwan dont il est maire.

Pékin a durci le ton

La Chine considère Taïwan comme une de ses provinces et a juré d'en reprendre un jour le contrôle, par la force si nécessaire.

Au pouvoir depuis 2016, la présidente Tsai Ing-wen, candidate à sa réélection, se présente comme la garante des valeurs démocratiques face à l'autoritarisme de Pékin et du président Xi Jinping.

Tout comme sa formation politique, le Parti démocratique progressiste (PDP), qui milite traditionnellement pour l'indépendance, Mme Tsai rejette le principe de l'unité de l'île et du continent au sein d'une même Chine. Cette position a provoqué l'ire de Pékin qui depuis son arrivée à la présidence de Taïwan n'a cessé de durcir le ton.

La Chine a ainsi rompu toutes les communications officielles avec son gouvernement tout en intensifiant les pressions économiques et les exercices militaires.

<hl2>Retournement de situation</hl2>

Son principal adversaire, Han Kuo-yu, privilégie au contraire le réchauffement des relations avec Pékin, mettant notamment en avant les bénéfices que pourrait en retirer l'île sur le plan économique.

Depuis dix jours, la publication de sondages est interdite à Taïwan. Mais jusque-là, Mme Tsai semblait bénéficier d'une confortable avance sur son adversaire. Il y a un an cependant, peu de personnes auraient parié sur un tel scénario. A l'époque, Tsai Ing-wen est à la peine dans les sondages et le Kuomintang (KMT, opposition) réalise une percée aux élections locales.

Un nouveau venu sur la scène politique, Han Kuo-yu, --aujourd'hui principal adversaire de Mme Tsai et membre du KMT- remporte la mairie de Kaohsiung, historiquement un fief du DPP.

Il a ensuite été désigné candidat à la présidentielle de son parti. Mais l'élan autour de sa candidature a commencé à faiblir, ses détracteurs pointant notamment son manque d'expérience et ses relations trop chaleureuses avec Pékin.

La campagne électorale s'est aussi jouée sur fond d'autoritarisme du pouvoir communiste sur l'autre rive du détroit de Taïwan. L'an dernier, le président chinois Xi Jinping a prononcé un discours particulièrement belliqueux au cours duquel il qualifié l'assimilation de Taïwan à la mère patrie d'"inévitable". Une peur sur laquelle Mme Tsai a capitalisé.

<hl2>'Taïwan n'appartient à personne'</hl2>

"Nous avons besoin d'une présidente qui puisse défendre la liberté et la démocratie", a affirmé Vicky Hsiao, femme au foyer de 37 ans, qui a voté pour Tsai Ing-wen.

Taïwan, qui a sa monnaie, son drapeau, son armée, sa diplomatie et son gouvernement est de facto séparée politiquement de la Chine depuis sept décennies. L'île n'est toutefois considérée comme pays indépendant que par une poignée de capitales dont le nombre a fondu ces dernières années.

"J'ai voté pour Han Kuo-yu parce qu'après quatre ans au pouvoir, Tsai Ing-wen et son gouvernement ont de mauvais résultats sur le plan économique et les relations avec Pékin", a confié M. Kuo, un vendeur de légumes de 60 ans, qui n'a pas donné son nom complet.

Les électeurs ont également suivi avec inquiétude le refus de Pékin d'accéder aux demandes des manifestants pro-démocratie à Hong Kong et la politique répressive de la Chine à l'égard des musulmans ouïghours dans la province du Xinjiang, frontalière de plusieurs pays d'Asie centrale.

Un outsider conservateur est également en compétition: James Soong, 77 ans, issu des rangs du KMT et président d'un mouvement favorable à Pékin, le Parti du peuple d'abord.

Les résultats sont attendus dans la soirée. (ats)






 
 

AGEFI




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