Quel est le point commun entre Spotify, Easyjet et Nespresso?

mercredi, 15.01.2020

Céline Renaud*

Céline Renaud

Un mercredi matin, je reçois l’appel d’un client qui a acquis il y a quelques années, l’un de nos Soundboard, le haut-parleur en bois d’harmonie. Il me dit que quelque chose ne fonctionne plus, qu’il n’a plus autant de plaisir à écouter sa musique qu’auparavant. Il est passé de ses CD à de la musique téléchargée depuis une plateforme dans un format MP3 très compressé. Forcément, comme le Soundboard est tellement transparent, nous entendons tout. Alors en écoutant de la musique compressée, nous percevons aisément que nous avons perdu quelque chose.

Le son, c’est un signal sinusoïdal. Quand nous le compressons, nous «écrêtons» le signal, c’est-à-dire que nous avons coupé le haut des courbes (les collines) ainsi que le bas (les creux). Je lui ai proposé d’utiliser d’autres plateformes de streaming musical qui proposent du format CD, voire de la haute définition. En revanche, rien ne remplacera le charme du vinyle, avec un bon verre de whisky, dans un salon feutré, sur un canapé un peu mou et avec de la fumée d’un bon cigare. Le côté imparfait et vivant du vinyle, c’est ce que nous pourrions appeler le charme.

C’est comme pour le voyage en avion. Il n’y a pas si longtemps que cela, il s’agissait d’une vraie expérience de luxe et nous nous réjouissions non seulement de prendre l’avion mais également de vivre toutes les expériences autour. Le service en classe économique correspondait presque au service en première classe actuellement. Que s’est-il passé? Des compagnies low cost ont fait leur apparition. En simplifiant le processus et du même coup les frais inhérents à l’opérationnel, le client a pu avoir accès à des destinations dans un paramètre déterminé à des coûts impensables au préalable. Au passage, hélas, sans vraiment s’en rendre compte, il s’est fait déposséder d’une partie des prestations de services qu’il avait. Et les autres compagnies ont dû suivre pour rester compétitives.

C’est comme pour le café en capsule. Certes, il fait une jolie petite mousse et dégage une odeur alléchante. Mais il s’agit d’eau sale amère. Cela n’a rien à voir avec le charme, la sonorité, l’odeur, le toucher brûlant et surtout le goût du café dans une cafetière italienne. Même si elle a servi plusieurs dizaines d’années, elle est encore tout à fait fonctionnelle. Il en va de même pour les machines à café à capsules actuelles qui sont aussi offertes à l’achat d’un certain nombre de capsules et programmées pour tomber assez rapidement en panne. En plus de nous détourner du goût d’un bon café, elles nous font même perdre la valeur de fabrication d’une telle machine.

Et c’est la même chose pour des tas d’objets. Avec des produits ou des prestations accessibles digitalement, nous allons payer plus cher le service au guichet ou en magasin que sur internet où l’on perdra des heures à tenter de se connecter et de trouver la bonne information. C’est pareil pour le convenience food. Un enfant auquel nous aurions donné que des repas pré-cuisinés, il lui est difficile d’apprécier le goût des légumes frais.

Alors quel est le point commun entre Spotify, Easyjet et Nespresso? Ils nous ont fait perdre le goût des vraies choses, du vivant! Comme c’est le cas pour le goût d’une vraie tomate. J’en rêve. Et c’est le parcours du combattant pour y avoir accès. Mais plus pour longtemps. Car cela s’organise et j’aime le fourmillement d’idées et de projets tendant à faire découvrir ou redécouvrir le vrai goût, les produits locaux ou simplement les valeurs du vivant!

* CEO et fondatrice, JMC Lutherie 






 
 

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