Quel avenir pour l’IA dans le recrutement en Suisse romande?

lundi, 10.09.2018

Joé Sanchez*

L’intelligence artificielle fait son apparition dans les processus de recrutement. Si ses avantages tels que la réduction des biais en fait une force, des questions se posent quant à la déshumanisation des recrutements. Qu’en est-il en Suisse romande? Un étudiant de la Haute École de Gestion de Genève a mené l’enquête.

Après l’introduction de l’intelligence artificielle (IA) dans divers domaines tels que la médecine ou le trading, l’IA fait son apparition au sein des processus de recrutement. Bien utilisée, l’IA permet un gain de temps, l’amélioration de la marque employeur et la réduction du taux de roulement. Son avantage principal réside dans le fait que l’IA se dit «sans biais». Elle ne juge pas les candidats selon leur couleur, leur nom ou encore leur sexe.

De nombreuses solutions permettent de pratiquer le recrutement prédictif, un moyen permettant de calculer les probabilités de performance d’un candidat. Le recrutement prédictif vise à identifier les soft skills et hard skills les plus pertinents pour un emploi. Cette méthode ne cherche donc pas un seul type de profil mais une personnalité.

La solution HireVue par exemple, filme les candidats pendant que ceux-ci répondent à des questions choisies par l’entreprise. Durant cet entretien vidéo asynchrone, HireVue analyse 25’000 données telles que le choix des mots, l’intonation ou encore la communication non-verbale. Le but de ces entretiens est de définir l’adéquation des candidats et leur performance potentielle. Pymetrics est une solution de gaming basée sur des jeux de neuroscience. Ces jeux testent le candidat sur sa concentration, sa mémoire, son appétit au risque et son aptitude à distinguer des contextes émotionnels. Quant à la solution Vera elle est capable d’identifier et trier les CV pertinents, d’envoyer des offres d’emploi aux candidats et même d’effectuer des entretiens vidéo!

Sous quelle forme?

Ces solutions sont utilisées aux États-Unis mais qu’en est-il de la Suisse? Sur la base d’entretiens menés auprès d’entreprises et de sociétés de recrutements romandes nous avons constaté qu’aujourd’hui déjà, les RH utilisent cette technologie ou sont sur le point de l’utiliser. La véritable question est «Sous quelle forme l’IA sera utilisée?». Des solutions telles que Pymetrics s’apparentent à des méthodes d’évaluation actuelles et se retrouveront dans les processus de recrutement. Il en va de même pour les solutions telles que HireVue: certaines entreprises font déjà usage d’entretiens vidéo asynchrones pour leurs pré-entretiens. Quant aux solutions de type Vera, elles déshumanisent trop le recrutement pour être adoptées telles quelles rapidement.

En conclusion, notre enquête révèle que les entreprises romandes souhaitent en majorité intégrer des solutions d’IA mais uniquement à des fins de pré-sélection. Elles ne souhaitent pas délaisser le recrutement aux mains d’algorithmes et veillent à garder la part d’interactions humaines chères aux RH. Elles reconnaissent toutefois que ces solutions peuvent leur permettre d’automatiser certaines tâches chronophages afin d’accorder plus de temps à l’humain.

*Bachelor HEG






 
 

AGEFI



...