Quel avenir pour les établissements bancaires régionaux?

mercredi, 09.10.2019

Céline Renaud*

Céline Renaud

Un mardi matin, j’assiste avec quelques collègues du conseil d’administration d’une banque régionale à une présentation de notre intégrateur informatique, le plus connu du marché. Nous avions sollicité cette rencontre pour discuter et négocier les coûts de plus en plus astronomiques de la structure et de la maintenance informatique.

En tant que banque régionale faisant principalement des hypothèques et pas de private banking, nos marges s’érodent car elles sont principalement liées à la situation des taux de plus en plus bas et à long terme. À cela se rajoutent les coûts de plus en plus astronomiques de la structure et de la maintenance informatique.Et pourtant, dans une région à potentiel, nous avons le plaisir de gouverner un établissement très sain, avec une magnifique clientèle à laquelle nous sommes en mesure d’offrir encore de nos jours des prestations personnalisées et un accompagnement à forte valeur ajoutée. Quand nous abordons cette thématique avec d’autres établissements bancaires indépendants, ils soulèvent tous la problématique des coûts informatiques.

Et nous sommes là, cette foi en notre métier, un peu comme le dernier village gaulois résistant à l’attaque permanente des Romains. Ou plutôt David en train de tenter de parler à Goliath … Et notamment à cet intégrateur informatique très connu. Car eux aussi avec leurs coûts exorbitants ont une responsabilité importante dans la disparition de certains établissements. Et tout dans leur attitude démontre une certaine arrogance héritée d’un passé monopolistique … Car non seulement après avoir signé le contrat informatique avec eux pour des coûts pharaoniques, ils débarquent avec de nouvelles offres obligatoires et nous font subir des upgrades et ajustements incessants à des sommes de plusieurs dizaines de milliers de francs, pour des projets que nous n’avons pas demandés et qui ne nous apportent rien … et qui parfois même diminuent la qualité ou la quantité des prestations disponibles. Nous sommes cependant forcés d’accepter ce qu’ils osent appeler des «offres», car cela remettrait soi-disant en question toute leur structure avec les autres établissements bancaires qui sont leurs clients. Une simple analyse des besoins des utilisateurs de ces solutions informatiques, voire une transparence de la clé de répartition de ces coûts de manière plus équitable serait une solution. Et au moment où nous avons abordé la question de changement de partenaire, qui représenterait à nouveau des coûts monstrueux pour notre petit établissement, nous nous sommes rendus compte que nous devrions débourser une somme de près d’un million de francs pour racheter nos paramètres et ce même à échéance du contrat! Quand je disais «dictateur», ce mot est encore trop faible pour décrire la situation réelle! 

C’est un autre exemple de domaine où les petites structures locales qui offrent un service à haute valeur ajoutée devront se muter, se faire absorber par des agglomérats décentralisés ou cesser leurs activités en raison notamment de coûts informatiques disproportionnés et d’une volonté des grands acteurs de les voir disparaître… Pour certains sans même s’en rendre compte ni même connaître leur existence! Quand nous lisons dans la presse les statistiques de fermeture des petits établissements bancaires, il ne restera bientôt que les tout grands.

* CEO et fondatrice, JMC Lutherie 






 
 

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