Que sont devenues la nuance et la mesure?

samedi, 02.05.2020

Olivier Sandoz*

Olivier Sandoz

Nous le savons, les réseaux sociaux permettent à chacun de s’exprimer, trop souvent sans retenue malheureusement. Force est de constater que la crise du Covid-19 a notamment pour effet d’exacerber ce phénomène. Il est assez impressionnant de constater que nous pouvons compter sur les conseils avisés de nombreux spécialistes auto-proclamés. Chacun y va de son commentaire tranché. Prenons par exemple le professeur Raoult. Pour les uns, c’est un génie, pour les autres un imposteur. Il est très rare de pouvoir lire un commentaire mesuré qui dirait par exemple que la chloroquine est un traitement que l’on espère efficace, mais qui mérite de faire l’objet d’études plus poussées. 

Il est aussi de bon ton de s’en prendre à nos autorités quant à leur gestion de la crise. Or, en faisant preuve d’un brin d’objectivité, il faut reconnaître qu’elles ont jusqu’à maintenant agi avec pragmatisme, en préservant en premier lieu la santé publique tout en s’efforçant de ne pas sacrifier l’économie.

Il y a aussi celles et ceux qui n’ont de cesse de se réjouir du retour des frontières et remettent en cause l’Union européenne et, de façon plus générale, le multilatéralisme. Il est temps de rappeler, tout en soulignant que tout n’a pas été parfait en matière de coopération au sein de l’Union européenne dans le cadre de la gestion de la crise, que les enjeux auxquels nous devons faire face, que ce soit au niveau climatique ou sanitaire, ne pourront pas être résolus pays par pays. Certains profitent de la crise pour en appeler à un repli sur soi, un renforcement des frontières, une méfiance de l’autre. C’est exactement l’inverse qu’il faut faire. Ce n’est que par la concertation et la solidarité entre les Etats que nous parviendrons à surmonter les crises actuelles et à venir. 

A cela s’ajoutent différentes théories du complot. Certains prétendent ainsi que le Covid-19 est utilisé pour détourner l’attention et permettre la propagation de la 5G. Nous sommes en plein délire. Il y a aussi celles et ceux qui se réjouissent de la situation économique actuelle, au nom de la décroissance. 

Cela relève de l’irresponsabilité. Globalement, nous vivons la plus grave crise économique depuis la Deuxième Guerre mondiale. Des millions de personnes ont perdu leur emploi dans le monde. En Suisse, le nombre d’employés au chômage partiel n’a jamais été aussi élevé. Cela leur permet de garder leur emploi, heureusement. Mais ils voient leurs revenus diminuer, ce qui n’est pas sans poser de graves problèmes pour certains. Comment peut-on se réjouir de cela? Dans la même veine, beaucoup saluent l’absence d’avions dans le ciel. Ils oublient, ou alors s’en moquent, que cela représente la suppression de centaines de milliers d’emplois et donc de familles précarisées. 

Dans la vie, tout est question d’équilibre. Il faut cesser d’opposer la santé ou la population à l’économie et aux entreprises. La cohésion sociale est le but que nous devons tous poursuivre. Cela signifie une saine redistribution de la richesse et donc avant tout la création de richesses, ce qui implique forcément, quoi qu’en disent certains idéologues, des conditions cadre qui permettent aux entreprises, à l’économie et de façon plus générale à la société d’être en bonne santé.

* FER






 
 

AGEFI



...