Que l’argent du fisc coule à flot

mardi, 24.03.2020

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Partout dans le monde, les pays ont accumulé des niveaux de dette record, et ce déjà bien avant la crise du virus Covid-19. Nous caractérisions la situation comme étant insoutenable, mais quand bien même supportable  grâce aux taux d’intérêts historiquement bas. Actuellement, il faut mettre de côté les considérations de soutenabilité ainsi que tous les critères de rectitude fiscale, et délivrer ce dont ont besoin nos économies: un soutien de taille délivré le plus rapidement possible et visant avec précision les personnes et secteurs les plus vulnérables. 

Les Etats-Unis préparent une loi qui pourrait injecter pas moins de 2000 milliards de dollars à l’économie, soit près de 10% du PIB nominal américain en 2019. Les Européens ont engagé environ 4% de leur PIB, tout en affirmant que des fonds supplémentaires seraient disponibles en cas de nécessité et que les dépenses liées à la crise du virus seraient exclues des calculs de respect des règles fiscales

Un pourcentage moindre en Europe ne signifie pas soutien moindre car le système social est plus développé en Europe, permettant à ses «stabilisateurs automatique», tels que les indemnités chômage, de fonctionner sans action politique supplémentaire. La Suisse a annoncé un programme de soutien de 10 milliards de francs suisses, représentant environ 1,4% du PIB nominal suisse. Les sommes engagées pour l’heure sont donc supérieures à l’effort fourni en 2008-2009 quand les pays du G-20 ont procuré un soutien fiscal d’environ 2% du PIB.

Au-delà de l’ampleur de ces mesures et de leur rapidité de déploiement, il y a également la question de quel soutien spécifique il faudrait privilégier. En 2008-2009, les Etats-Unis ont bénéficié de 120 milliards de dollars de soutien fiscal sous la présidence  Bush, puis de 830 milliards de dollars de plus sous la présidence Obama. Les deux programmes comprenaient des chèques directement envoyés aux familles, ainsi que des réductions ou crédits d’impôts. Des analyses suggèrent qu’à l’époque, 20% des ménages ont utilisé l’argent reçu par chèque pour consommer, 32% pour augmenter l’épargne, et 48% pour rembourser des dettes. Par contre, l’argent reçu en crédit ou réduction d’impôt n’a a priori pas soutenu la consommation avant la fin de la récession, tant son effet était retardé dans le temps.

Côté plan de sauvetage, aujourd’hui on pense surtout aux compagnies aériennes. Boeing aurait demandé 60 milliards de dollars en faveur de son industrie. L’effort de sauvetage était sensiblement plus important en 2008-2009 quand 634 milliards de dollars avaient été versés, mais le secteur a depuis non seulement récupéré sa mise mais aussi généré un profit de 121 milliards de dollars à la fin du mois de janvier 2020, selon ProPublica. 

Certes, les niveaux de dette vont augmenter, mais moins que les sommes engagées, en fonction de si l’argent est dépensé, investi, ou emprunté. Le président Obama a alourdi la dette américaine d’environ 2800 milliards de dollars au cours de ses huit années de mandat. Ce montant ne reflète donc pas seulement le stimuli octroyé pendant la crise financière, mais également une expansion des dépenses militaires, entre autres. Les programmes du président Trump devraient augmenter la dette américaine de 4800 milliards dollars pendant son premier mandat, et de 8300 milliards de dollars sur deux mandats – et ce sans compter les dépenses  liées à la crise du Covid-19. Ce n’est certes pas maintenant qu’il faut privilégier la prudence fiscale, mais l’avenir récompensera en toute probabilité les pays qui en ont fait preuve par le passé.

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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