Un risk off trade sans surprise suite à la crise sur le marché turc

mercredi, 29.08.2018

Quand un orage s’annonce en haute mer, les navires cherchent refuge au port. Il en va de même pour les investisseurs.

Klaus Kaldemorgen*

Avec ses pertes de change de -25 % et ses pertes boursières de -11 %, l’effondrement récent du marché turc des capitaux a incité les investisseurs à placer leur capital dans des havres (supposés) sûrs. Ce revirement de tendance sur le marché des capitaux, aussi connu sous le nom de «risk off trade», se produit selon un schéma relativement prévisible. Sur le plan monétaire, ce sont notamment le dollar américain et, dans une moindre mesure, le franc suisse et le yen qui sont considérés comme de véritables valeurs refuges. Les monnaies des pays émergents, mais aussi les monnaies associées aux matières premières comme les dollars australien et canadien, sont cependant évitées.

Placements plus liquides

Du côté des obligations, les bons du Trésor américain et les obligations d’État allemandes sont estimés comme des classiques pour un «risk off trade». Les obligations des marchés émergents, les obligations d’État émises par des pays où la dette extérieure est élevée, comme l’Italie, et les obligations de sociétés de faible qualité sont vendues. Même du côté des actions, l’aversion au risque des investisseurs se reflète dans leur préférence pour le marché boursier américain. 

En règle générale, les petites et moyennes actions souffrent aussi, car les investisseurs privilégient les placements les plus liquides possible. Les matières premières et actions des matières premières comptent généralement parmi les plus grands perdants d’un revirement de tendance lié aux préoccupations d’un ralentissement économique. Dans un tel environnement, l’or ne joue généralement pas le rôle d’une couverture. En période de ralentissement économique, telle est du moins la thèse, la stabilité monétaire n’est pas remise en question, de sorte que les placements en dollars crédités d’intérêts semblent être le meilleur choix.

Volatilité des marchés des capitaux

Ce qui est remarquable dans un «risk off trade», c’est le fort mouvement de vague ou, pour utiliser le jargon technique, la volatilité des marchés des capitaux. Celui-ci permet aux investisseurs flexibles et axés sur le risque de profiter des contre-mouvements si la tempête perd en intensité. Si la situation dans l’actualité ne se détériore pas, cela est déjà interprété comme une amélioration et récompensé par un contre-mouvement sur le marché des capitaux. Dans le cas de la Turquie, les taux de change et rendements devraient se normaliser - les obligations d’État rapportent actuellement plus de 9 % en dollars américains.

Bien que les turbulences sur le marché turc des capitaux aient donné un nouvel élan à l’aversion au risque, ce n’est pas la cause initiale du scepticisme latent qui règne cette année. Une aversion au risque naissante sur les marchés des capitaux a commencé à se manifester dès le premier trimestre de cette année. Alors que les marchés émergents étaient déjà retournés à la baisse à la mi-mars, le dollar américain se raffermissait vers la mi-avril. 

La réthorique de Trump

La rhétorique de Donald Trump sur la guerre commerciale est tombée peu avant le début de ce mouvement de marché. Début mars, son tweet prétendant que les guerres commerciales étaient bonnes et faciles à gagner («Trade wars are good and easy to win») a provoqué des incertitudes sur le marché des capitaux. Début mai, Donald Trump se retirait de l’accord avec l’Iran et menaçait le pays de sanctions sévères. Les entreprises européennes ont alors subi des pressions économiques pour qu’elles respectent et soutiennent ces sanctions. Deux semaines plus tard, les marchés européens enregistraient une baisse. Depuis lors, leur performance a été nettement inférieure à celle des marchés boursiers américains. Les sanctions américaines prises contre la Russie et la Turquie continuent de mettre à profit le pouvoir politique et économique à leur avantage.

Scepticisme économique

Les préoccupations politiques des investisseurs du monde entier se sont transformées en scepticisme économique de manière presque inaperçue. Le marché des capitaux s’attend à ce que les taux de croissance mondiaux diminuent à moyen terme. À court terme, cela sera écrasé par l’énorme force du marché boursier américain et du dollar américain. Il s’agit ici davantage de l’expression d’une aversion croissante au risque que de l’indication d’une économie mondiale prospère.

*DWS






 
 

AGEFI



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