Quand les hommes se demandent comment soutenir la cause des femmes

mardi, 26.11.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Un de mes récents articles rapportant le fait que près de 45% des femmes qui travaillent en Suisse le font à temps partiel a généré plus de réactions que, par exemple, mes analyses de la politique monétaire. Remercions l’opinion publique mondiale et les Suisses dans ce cas particulier pour leurs efforts car ils permettent de placer aujourd’hui ce sujet au centre du débat économique – un sujet qui a trop longtemps été traité comme important seulement par les femmes, et sans grande incidence sur l’économie dans son ensemble. 

Beaucoup d’hommes se posent la question de comment ils peuvent aider à soutenir la cause des femmes. Un premier élément de réponse serait simplement d’utiliser les moyens qu’ils ont déjà à disposition. 

En Suisse, 33% des postes parlementaires sont occupés par des femmes (en Suède, ce taux est de 46%, et aux Etats-Unis de 20%.) Avec 67% d’hommes élus au parlement, la gente masculine a tous les moyens en main pour soutenir une législation en faveur d’un marché du travail permettant à tous d’y participer sur un même pied d’égalité.

Hors de Suisse, notamment en Scandinavie où on aurait pu supposer une telle coercition inutile, l’expérience démontre qu’il faut d’abord légiférer, et ensuite les mentalités suivent et s’adaptent. En Suède, il n’a pas été suffisant de proposer un congé parental pour faire évoluer les mœurs, il a aussi fallu attribuer un congé spécifique aux pères pour qu’ils commencent à l’utiliser en plus grand nombre (14 semaines sont réservées aux hommes sur les 65 semaines de congé parental; OCDE). Saluons donc chaleureusement le vote du parlement suisse en septembre 2019 en faveur des deux semaines de congé de paternité (néanmoins inférieur aux 4 semaines de l’initiative). Ce serait un progrès important comparé au seul jour octroyé actuellement. 

On critique souvent les quotas et autres formes de règles ou de lois en faveur de l’augmentation de la présence des femmes sur le marché de travail et aux postes de pouvoir. L’objection principale à la mise en œuvre de quotas est qu’ils pourraient donner lieu à l’embauche d’une femme moins qualifiée qu’un homme pénalisé par le quota. Il ne faut pas généraliser, mais sur le plan macroéconomique, cet argument ne semble pas valable car davantage d’hommes sont déjà embauchés contrairement aux femmes. En outre, en Suisse, 42% des femmes âgées de 25 à 34 ans ont une formation universitaire, contre 35% des hommes (Office fédéral de la statistique, OFS, 2018). Ainsi, statistiquement, davantage de femmes qualifiées devraient se trouver disponibles sur le marché de travail que d’hommes. 

Concernant le pouvoir au sein des entreprises suisses, Russel Reynolds a dénombré la présence de 55 femmes parmi les 206 membres des conseils d’administration, soit 27%, une augmentation contre 21% il y a deux ans. Le management des 117 sociétés les plus importantes de Suisse était composé de 9% de femmes en 2018 (Schilling) - deux fois le taux observé en 2006 mais toujours extrêmement faible. Ainsi, dans le secteur privé, les hommes ont bien les moyens d’embaucher et de promouvoir des femmes. 

A la maison, les hommes ont également à disposition des moyens d’agir. L’OFS révèle que les tâches ménagères dans une famille avec des enfants de bas âge sont effectuées à 71% par la femme, partagées à 25% entre homme-femme, et réalisées uniquement par l’homme à 3.4%. 

Ce que les hommes peuvent faire alors, déjà et sans plus attendre, est de légiférer en faveur d’un marché du travail efficace, d’embaucher des femmes, et de passer l’aspirateur!

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI




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