Private equity: une piste à creuser

lundi, 24.06.2019

Philippe Barras*

Philippe Barras, responsable gestion institutionnelle en Suisse romande, UBS Asset Management.

Comme l’ensemble de l’économie, les PME vivent une période d’intenses changements. Même bien établies sur leur marché, elles ont souvent de la difficulté à trouver des financements pour opérer les mues nécessaires à leur avenir et financer leur croissance. Mais, parallèlement, ces situations offrent une opportunité de rendement, certes un peu complexe, mais fort lucrative pour les investisseurs.

Les fonds de capital-investissement ou private equity sont spécialement dédiés à ce type de placements réalisés au profit de sociétés non cotées en Bourse. Ils font de l'investissement de croissance (ou growth investment) en apportant aux PME le capital nécessaire à leur développement et leur croissance future.

Les atouts de l’investissement de croissance

L’investissement de croissance peut être bénéfique pour au moins deux raisons. Il offre l'accès à un univers d'investissement très large. Bien que le nombre exact d'entreprises non cotées dans le monde ne soit pas connu avec précision, on l’estime à 300 millions. Et les PME en représentent une part conséquente. Pour les investisseurs, elles constituent donc un bassin d'opportunités bien plus étendu que les 47.000 sociétés en Bourse. 

En outre, cela permet d’opérer sur un spectre beaucoup plus éclectique d’activités (chaînes régionales de salles de fitness, garages de réparation de voitures, production d'hameçons pour la pêche ou entreprises de pompes funèbres, etc.), ce qui apporte une diversification supplémentaire au portefeuille. 

De plus, l’investissement de croissance peut être bénéfique pour la réduction des risques de ce même investisseur. Les PME sont sensibles aux soucis opérationnels tels que les factures impayées, les perturbations de leur chaîne d'approvisionnement ou les bouleversements politiques. Toutefois, leur taille et leur agilité les mettent à l'abri d'événements macroéconomiques tels que les récessions. Elles réagissent plus rapidement aux changements du marché ou prévoient mieux les transformations de leur industrie. 

Différents types de private equity

Différents fonds opèrent dans ces secteurs du capital-risque avancé (late stage) ou du capital de croissance (growth capital), mais aussi dans le domaine des leveraged buy-out (acquisitions par emprunt). Les fonds actifs dans le domaine sont communément appelés fonds de croissance (growth funds). 

Dans un passé récent, les performances de ces fonds ont été gratifiantes: à titre d’exemple, les fonds de croissance ont surperformé leurs homologues non growth de 14,1% en termes de multiple du capital investi net moyen et de 320 points de base en termes de taux de rendement interne. 

Elément intéressant: tant le timing que les conditions favorables du marché n’ont joué qu’un rôle limité dans cette performance. Mieux, les fonds de croissance ont en moyenne affiché un risque moindre et une fréquence de pertes plus faible. Comme le veut l’avertissement usuel, le rendement passé ne saurait en rien garantir les résultats futurs. 

En particulier dans l’environnement actuel, on constate qu’à bien des égards, le capital-investissement constitue une stratégie optimale pour exploiter le potentiel de développement. 

Le capital-risque

Le cas le plus connu est celui du capital-risque (venture capital), qui finance des start-up défrichant de nouveaux marchés grâce à des produits et services innovants. Habituellement, ces fonds financent des start-up jusqu'à ce qu'elles soient rentables et, éventuellement, cotées en Bourse ou reprises par d’autres sociétés. 

Nul n’ignore que cette stratégie comporte des risques importants, d'où son nom. Selon le Bureau du travail américain, la moitié des start-up créées aux Etats-Unis disparaissent dans les cinq années suivant leur fondation. Et ce pourcentage est encore plus élevé en Europe. Investir dans des entreprises en phase de démarrage est une stratégie à haut risque. 

Des approches moins risquées

Mais il existe une approche moins risquée qui consiste à fournir du capital à des PME déjà rentables ou proches du seuil, qui affichent un taux de croissance élevé et dont la pérennité n'est plus directement menacée. Ces sociétés attirent des clients de manière organique et/ou par l'acquisition de concurrents, sur leur marché domestique, voire à l'étranger. 

Ce sont alors des formules de capital-risque à un stade avancé (later stage venture capital) ou de capital de croissance (growth capital), qui fournissent les fonds nécessaires, en échange d'une participation minoritaire importante assortie de droits économiques et actionnariaux spécifiques. Le capital-investissement facilite la croissance de ces sociétés, généralement privées, qu’elles soient nouvelles ou déjà bien établies. 

Ces marchés de niche offrent en principe l’avantage d’être moins concurrentiels et souvent plus résilients face aux perturbations macroéconomiques. On n’ignorera toutefois pas le risque que ces PME soient enclines à se reposer sur leurs lauriers et à manquer de dynamisme. Pourtant, c'est justement là que se situent les opportunités d'investissement. 

La croissance peut être renforcée en profitant de la mise en place de nouveaux processus, en pratiquant de l’outsourcing ou de l’insourcing, ou encore en optimisant l’opérationnel. La consolidation active d'un secteur, le recentrage des activités, le moment d’un bond technologique ou le passage à un modèle d'affaires ou à un marché différent sont autant de situations favorables. Ce sont les opportunités les plus fréquentes, mais la liste n’est pas exhaustive.

Une identification pas toujours facile

Le capital de croissance peut aussi financer ces changements dans les PME que favoriser leur déclenchement. Reste tout de même que les investisseurs se heurtent à de multiples obstacles pour saisir ces opportunités. 

Premièrement, il n'est pas facile de les identifier. Comme les PME ne sont pas cotées, elles passent souvent sous les radars et restent invisibles aux yeux des investisseurs. De plus, elles ont besoin d'une expertise importante pour être évaluées à leur juste prix. Sans compter qu’elles ne publient des rapports qu’annuellement et fournissent peu d'informations. Dans ce contexte, il est essentiel que les gestionnaires de fonds déploient un savoir-faire important et soient au bénéfice d'une large expérience. 

Mais, au final, l'obstacle principal tient au fait que ces entreprises, rentables et bien établies, ne recherchent que rarement des ressources externes venues d’investisseurs professionnels. Elles n’ont souvent pas de pression particulière pour que leur management réévalue leurs activités. 

Le transfert de propriété est un moment-clé

Souvent, le changement associé au capital-investissement survient en cas de vente de l'entreprise financée par leverage buy-out. Ce rachat par emprunt implique l'intervention d'actionnaires professionnels, qui apportent une valeur ajoutée concrète. Leur but est un bénéfice à terme, lors de la vente de leur participation dans l’entreprise qu'ils auront transformée avec succès. 

Les leverage buy-out peuvent conduire à une participation majoritaire dans l'entreprise concernée ou à une participation minoritaire significative (capital de remplacement). Ils sont l'occasion pour le nouveau propriétaire de réévaluer le potentiel de l'entreprise et de définir une nouvelle stratégie. 

A titre d'exemple, dans les investissements dits buy-and-build, la société achetée va faire des acquisitions complémentaires add-on. Le nouveau propriétaire pourra ainsi exploiter les synergies entre les différentes sociétés du groupe. En acquérant des concurrents plus petits, et donc comparativement moins chers, il profitera dans la foulée d'une augmentation de la valeur de son groupe qui devient ainsi moins risqué à mesure qu'il gagne en taille et en stabilité.

Le potentiel des consolidations

En effet, la consolidation des secteurs industriels peut libérer un fort potentiel de croissance, en particulier pour les PME. Une entreprise qui intègre verticalement ses fournisseurs et ses distributeurs peut mieux servir une clientèle diversifiée et potentiellement puiser dans un nouveau bassin de clients. 

Une entreprise qui absorbe horizontalement certains de ses concurrents peut réaliser des économies d'échelle et de productivité. En abaissant ses coûts, elle peut réduire le prix de ses produits ou services. Par conséquent, son marché s'élargit à un nouveau groupe de clients dont le prix était auparavant fixé.

En synthèse, investir dans le private equity n’est pas chose facile, car il faut bien connaître le terrain local pour y accéder. Mais les résultats sont souvent à la hauteur de l'effort consenti.

* Responsable gestion institutionnelle en Suisse romande, UBS Asset Management






 
 

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