Les réactions à la hausse des primes maladie

lundi, 24.09.2018

La prime maladie moyenne va grimper de 1,2% l'année prochaine, a annoncé ce lundi matin l'OFSP. Tour d'horizon des réactions.

Les coûts de la santé continueront à augmenter notamment en raison du vieillissement de la population. (keystone)

L'augmentation des primes maladies, annoncée ce lundi par l'Office fédéral de la santé publique, n'a pas manqué de faire réagir les autorités cantonales et les syndicats.

L'USS pointe les inégalités sociales

La hausse moins forte cette année ne doit occulter le fait que les primes de l'assurance maladie continuent de grimper. L'Union syndicale suisse (USS) met lundi le doigt sur le fait que ces hausses à répétition continuent de creuser les inégalités sociales.

Les coûts de la santé continueront à augmenter notamment en raison du vieillissement de la population. Mais que les primes aussi doivent augmenter pour les classes de revenu inférieures et moyennes n'est pas une fatalité, indique l'USS dans un communiqué.

L'initiative populaire lancée la semaine dernière par le Parti socialiste suisse pour plafonner les primes à 10% du revenu des ménages est une piste, selon l'USS. Parallèlement, la participation directe des assurés, qui bat des records en Suisse, ne doit pas continuer à augmenter, poursuit la cellule syndicale, qui se battra également contre l'adaptation automatique des franchises à l'évolution des coûts.

Comparis salue le changement de calcul

Comparis, le comparateur en ligne, met aussi en garde. Par le passé, chaque augmentation de prime inférieure à la moyenne a conduit à une hausse massue les années suivantes, a-t-il relevé dans un communiqué. Il salue encore le changement de calcul adopté par l'Office fédéral de la santé publique, qui donne selon lui une image plus fidèle des primes.

Mauro Poggia: "On appauvrit les gens"

Le conseiller d'Etat genevois Mauro Poggia a de nouveau soulevé le problème des réserves trop importantes accumulées par les caisses maladie. "On appauvrit les gens, alors que l'on est assis sur un tas d'or", a noté le magistrat, réagissant à l'annonce des primes pour 2019.

Les assureurs ont actuellement 8,4 milliards de francs de réserves, soit 3,8 milliards de francs de plus que ce qu'exige la loi, a relevé Mauro Poggia. Concernant la hausse des primes pour Genève, le conseiller d'Etat a estimé qu'elle était moins élevée que ce que craignait le canton.

L'augmentation correspond plus ou moins à celle des coûts de la santé. "Nous prévoyons une hausse de 1,7% pour 2019", a fait savoir Mauro Poggia. Pour juguler les coûts, une solution consisterait à forcer le virage de l'ambulatoire, car moins cher que le stationnaire. L'ambulatoire est actuellement pris en charge par les assureurs.

"Les cantons seraient prêts à y participer, mais il faudrait en échange qu'ils puissent avoir le pouvoir de réguler l'installation de nouveaux cabinets sur leur territoire", a indiqué Mauro Poggia. 

Selon Pierre-Yves Maillard, les primes sont de nouveau trop élevées 

Les mesures mises en place par le Conseil fédéral pour freiner les coûts de la santé commencent à avoir un effet, mais malheureusement elles ne sont que partiellement prises en compte, estime le conseiller d'Etat vaudois Pierre-Yves Maillard. Résultat: les primes maladie 2019, même en hausse modérée, restent trop élevées.

Pierre-Yves Maillard rappelle que les coûts de la santé se sont stabilisés en 2017 et ont reculé au premier semestre 2018, où les chiffres affichent une baisse d'environ 3%. Comme dans le même temps les primes continuent de croître, les réserves des assureurs "vont reprendre des proportions très élevées", a relevé le chef du Département de la santé et de l'action sociale (DSAS).

Pierre-Yves Maillard regrette que l'autorité fédérale, en particulier l'administration, ne fasse pas davantage pression sur les assureurs. "Le conseiller fédéral avait demandé aux assureurs de corriger leurs primes, mais la faîtière santésuisse a refusé cette injonction et l'OFSP a fini par baster", a-t-il ajouté.

La FMH demande une meilleure couverture en offre ambulatoire

La Fédération des médecins suisses (FMH) salue vivement la hausse moins forte qu'attendue, car elle se rapproche ainsi de l'évolution effective des coûts de l'assurance de base. Ces dernières années, l'augmentation des primes était systématiquement plus élevée que celle des coûts réels, critique l'organisation.

Pour une maîtrise supplémentaire des coûts, la FMH mise sur le financement uniforme des prestations ambulatoires et stationnaires. Elle demande aussi un allégement des charges administratives et une meilleure couverture en offre ambulatoire. Les médecins souhaitent aussi une meilleure organisation supracantonale de la couverture en hôpitaux, avec la création de cinq à sept régions.

Nouveau Tarmed bénéfique pour l'association curafutura

L'association curafutura, qui regroupe quatre caisses maladie (CSS, Helsana, Sanitas et CPT), se réjouit d'une hausse qu'elle qualifie de "marginale". Elle l'attribue à l'intervention du Conseil fédéral dans le tarif médical ambulatoire (Tarmed), entrée en vigueur au début de cette année, qui "porte ses fruits", selon elle.

"Mais cette intervention ne peut déployer tous ses effets à long terme que si toutes les parties concernées tirent à la même corde", ajoute curafutura. "En d'autres termes, les médecins et les hôpitaux doivent assumer leurs responsabilités en matière de coûts".

Le paquet de mesures mis en consultation le 14 septembre par le Conseil fédéral devrait aussi contribuer à freiner la hausse des coûts à la charge de l'assurance de base, estime l'organisation d'assureurs maladie. Et de citer en exemple le financement uniforme des prestations ambulatoires et stationnaires, une mesure préconisée par curafutura.

Le Jura dénonce la manière de communiquer de la Confédération  

La hausse moyenne des primes maladie dans le canton du Jura est à nouveau plus élevée que la hausse moyenne suisse. Mais au-delà de cette augmentation de 2,4%, le Gouvernement jurassien dénonce le manque de transparence de l'OFSP.

Le canton du Jura déplore que le Département fédéral de l'intérieur (DFI) a décidé cette année, "sans aucune consultation des cantons", de changer la manière de calculer la prime moyenne. Il regrette en particulier que les cantons aient été informés de ce changement moins de 24 heures avant leur publication.

Le Département jurassien de l'économie et de la santé explique qu'il juge cette manière de communiquer de la part de la Confédération totalement irrespectueuse. "La transparence demandée aux assureurs n'est en tout cas pas améliorée avec ce genre de modifications de dernière minute", écrit le canton du Jura dans un communiqué. (ats)






 
 

AGEFI



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