Rente ou versement du capital? Une décision lourde de conséquences

lundi, 17.12.2018

Prévoyance. Avant d’opter pour une rente ou le versement du capital, il faut déterminer précisément quels seront les besoins financiers durant la retraite.

Olivier Parenteau*

Rente ou versement du capital – cette question ne se pose pas uniquement aux assurés, mais également aux caisses de pension et aux acteurs politiques. Cet intérêt porté à une décision somme toute très personnelle et privée est lié au fait qu’elle a des répercussions importantes qui concernent l’ensemble de la communauté. Des enquêtes récentes, représentatives, révèlent qu’au moment de la retraite, environ la moitié des assurés actifs souhaitent bénéficier de leur capital de prévoyance sous forme de rentes mensuelles, un tiers choisirait aujourd’hui une combinaison de rentes et de versement du capital, et plus d’un dixième préférerait que lui soit versé la totalité du capital de prévoyance.

Quels sont les avantages que présente chacune des possibilités de perception, et quels en sont les risques? À quoi faut-il impérativement veiller? Selon la législation, les assurés d’une caisse de pension peuvent se faire verser au moins un quart de leur capital de prévoyance au moment de la retraite, il y a même des caisses qui permettent de percevoir la moitié, voire la totalité du capital de retraite. Étant donné qu’il s’agit en général d’une somme très importante, il convient de bien étudier les avantages et les désavantages des différentes formes de perception.

Flexibilité contre sécurité

Le principal motif pour un versement du capital, c’est l’aspect de la flexibilité. La personne qui se fait verser son capital de prévoyance peut décider elle-même quand et combien elle dépensera, le montant du versement pouvant varier et être adapté en fonction des besoins spécifiques de la situation personnelle. Étant donné qu’après le versement du capital cette somme fait partie du patrimoine personnel, le montant restant passe aux mains des héritiers au moment du décès de l’assuré. 

Par ailleurs, le versement du capital présente des avantages fiscaux attrayants. Alors que les rentes sont entièrement imposées comme revenu, l’imposition du capital versé se fait une seule fois, l’année du paiement, et séparément du reste des revenus – ainsi qu’à un taux plus bas. Ce sont des avantages convaincants. Le versement du capital va cependant de pair avec une grande responsabilité à assumer.

La perception d’une rente a elle aussi des avantages – notamment ceux de la sécurité et de la calculabilité. La personne qui opte pour la rente reçoit tous les mois un paiement garanti, jusqu’à la fin de sa vie. En cas de décès de l’assuré, le conjoint survivant a droit à une rente de veuve ou de veuf. Toutefois, la part de capital qui n’aura pas été épuisée pour le paiement de la rente (de veuf ou de veuve) demeure en possession de la caisse et n’est donc pas transmise aux héritiers.

Hypothèques problématiques

Par conséquent, il est impératif de planifier financièrement sa retraite. Il est nécessaire de calculer les besoins financiers pour divers scénarios possibles – par exemple pour une retraite en bonne santé, de même que pour la survenance de la maladie et pour un cas d’invalidité. 

Dans cette perspective, les personnes assurées auprès d’une caisse de pension doivent aussi tenir compte du fait qu’à long terme, le montant des rentes risque de baisser. D’une part, le taux de conversion, qui est déterminant pour le montant de la rente, continuera à subir des réductions en raison de l’espérance de vie accrue et de la persistance des faibles taux d’intérêt. D’autre part, nombreuses sont les caisses de pension qui ne compensent pas le renchérissement, ce qui a pour résultat que le pouvoir d’achat des bénéficiaires de rentes diminue au fil des ans.

Les personnes qui optent pour un versement (partiel) du capital de prévoyance doivent être conscientes de la responsabilité qui leur incombe en vue du financement du reste de leur vie. Seront-elles en mesure de placer leur argent aussi judicieusement qu’une caisse de pension? Seront-elles suffisamment disciplinées pour ne pas dépenser trop d’argent trop tôt? La réalité peut nous amener à en douter, car bon nombre de personnes ayant bénéficié d’un retrait du capital de prévoyance finissent tôt ou tard par se présenter au Service de l’action sociale.

Autant les interventions parlementaires portant sur le thème de la «rente obligatoire» que la proposition demandant que le capital issu du régime obligatoire de la prévoyance professionnelle ne puisse plus être retiré, ont été rejetées. La raison principale à cela: les hypothèques. En raison des prescriptions strictes des banques commerciales en matière de capacité financière, il est souvent nécessaire d’amortir les hypothèques au moment de la retraite. Sans un versement du capital de prévoyance, beaucoup de nouveaux retraités ne seraient pas en mesure de le faire.

Priorité à la sécurisation

Quand les deux conjoints ont exercé une activité lucrative, la pratique consistant à combiner «une rente» et «un versement du capital» représente souvent un bon compromis. Pour les personnes seules, cette combinaison alliant rente et retrait du capital peut également être une solution indiquée pour pouvoir couvrir au minimum les frais courants généraux. 

Concernant le retrait du capital, il convient de veiller à respecter les délais d’inscription qui, suivant la caisse de pension, peuvent aller jusqu’à trois ans.

En dépit de toute la sympathie que l’on peut avoir pour la liberté de choix individuelle, il faut tout de même reconnaître que la sécurisation de la prévoyance passe avant la satisfaction des besoins particuliers. 

Restreindre les possibilités de versement du capital risque de s’avérer difficile dans le contexte politique actuel, mais il faudrait pour le moins éliminer les incitations fiscales inopportunes. Une solution envisageable – mais tout aussi impopulaire – consisterait à ne permettre le retrait du capital que du moment que les rentes conjointes de la CdP et de l’AVS assurent un certain niveau de revenu mensuel de sorte que plus tard, la personne retraitée n’aura certainement pas à demander des prestations complémentaires. Quoi qu’il en soit, les assurés doivent être conscients du fait qu’une fois la décision prise en faveur d’une rente ou d’un retrait du capital, il n’est plus possible de revenir sur ce choix.

*Membre de la direction de Maklerzentrum Schweiz AG






 
 

AGEFI



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