L’ISR/ESG se fait aux dépens du smart beta

mardi, 13.10.2020

Près de 40% de tous les investissements dans les fonds durables et socialement responsables européens passent par des ETF dont les investisseurs institutionnels se disent satisfaits.

Levi-Sergio Mutemba

La dernière enquête de l’EDHEC sur le marché européen des exchange-traded funds (ETF) confirme la place particulière et de plus en plus centrale qu’occupent les investissements socialement responsables (ISR) basés sur les critères ESG. Réalisé dans le cadre de la chaire de recherche de l’EDHEC-Risk Institute en partenariat avec l’asset manager Amundi, le sondage révèle que près d’un professionnel européen sur deux (49%) investit désormais dans les fonds durable ISR-ESG. Ceux-ci n’étaient que 17% à le faire en 2011 et moins de 20% il y a encore cinq ans. Une proportion encore plus significative (55%) utilise spécifiquement des ETF pour obtenir une exposition aux placements durables. 

L’enquête (EDHEC European ETF, Smart Beta & Factor Investing Survey 2020), publiée la semaine dernière, a été réalisée via un questionnaire en ligne auprès de 191 investisseurs institutionnels tels que des sociétés de gestion, caisses de pension et gestionnaires de fortune européens, dont 16% sont basés en Suisse. Leurs avoirs sous gestion s’élèvent à plus de 10 milliards d’euros pour au moins 35% d’entre eux. Véronique Le Sourd, Senior Research Engineer auprès de l’EDHEC-Risk Institute et co-auteur de l’enquête, souligne que le développement rapide des ETF ne réside pas seulement dans leur degré d’utilisation mais également dans l’intensité avec laquelle ceux-ci sont utilisés pour investir dans les stratégies ISR-ESG. 

«En 2020, les ETF pèsent pour 39% des investissements totaux dans les fonds ISR-ESG contre 13% seulement en 2011», écrit Véronique Le Sourd. «De plus, 87% des professionnels sondés utilisant des ETF pour investir dans les fonds durables se disent satisfaits.» Il est intéressant de comparer cette dynamique à celle du smart beta et de l’investissement factoriel, cette dernière s’avérant beaucoup plus stable et comme ayant atteint la maturité. En 2015, 68% des investisseurs européens interrogés disaient utiliser des ETF pour obtenir une exposition à cette classe d’actifs. Cinq ans plus tard, leur part a légèrement baissé à 65%.  

Un ETF durable aussi cher que populaire 

Même si l’on considère des instruments financiers autres que des ETF (tels que des fonds de placement traditionnels), la part des professionnels européens investissant dans le smart beta et les fonds factoriels n’est passée que d’un niveau de 34% en 2015 à celui de 47% aujourd’hui. Soit une progression bien moins significative que celle observée dans le segment de l’investissement durable. D’après les dernières statistiques de la société de consulting ETFGI, les ETF smart beta de la catégorie «actions» cotés à l’échelle mondiale ont subi des sorties nettes de 2,2 milliards de dollars en juillet. Ramenant les entrées nettes à seulement 10,36% sur les sept premiers mois de l’année contre des entrées de près de 53 milliards à la même période l’an dernier.

Un nombre important d’ETF durables 

On ne s’étonne pas non plus que parmi les ETF les plus performants – et les plus résilients en période de crise – figurent un nombre important d’ETF durables. C’est le cas du fonds iShares Global Clean Energy UCITS ETF (INRG), en hausse de 80% depuis le début de l’année. Autrement dit 2,6 fois la performance des valeurs technologiques américaines et dix fois celle du S&P 500. À moyen terme, soit au cours des cinq dernières années, si sa performance (138%) est inférieure à celle du Nasdaq (160%), elle n’en est pas moins impressionnante compte tenu du caractère récent du développement des investissements ISR-ESG. 

Pour mémoire, l’ETF INRG, également disponible en Suisse et dont les actifs totaux s’élèvent à plus de 2,5 milliards de dollars, investit dans 30 entreprises globales produisant de l’énergie propre. Le fonds réplique la performance de l’indice S&P Global Clean Energy Index, composé à 43% de constituants basés aux États-Unis, suivis de sociétés chinoises (13%). Enfin, sous le seul angle des valorisations, le fonds n’est pas bon marché. Reflet de la forte demande de celui-ci et des valeurs sous-jacentes associées, l’ETF s’échange actuellement à un ratio cours/bénéfice de plus de 32, d’après les données du termsheet fourni par iShares (BlackRock). Contre un ratio de 25 environ pour le Nasdaq, jugé cher sous plus d’une perspective. 






 
 

AGEFI



...