Pouvez-vous devenir un leader de niveau 5?

dimanche, 15.03.2020

Christophe Clavé *

Christophe Clavé

Dans un article publié par la Harvard Business Review, Jim Collins au terme d’une recherche de cinq ans a démontré l’importance qu’avait la qualité des leaders dans la performance des entreprises. Son étude fait ressortir cinq niveaux de leaders, en fonction de la réussite de leur entreprise et de leur contribution à cette réussite.


Les entreprises ayant démontré un niveau de performance supérieur à la moyenne sur une période de quinze ans ont toutes eu à leur tête un leader de niveau 5.

Humbles et volontaires

Ceux-ci combinent une dualité paradoxale, ils sont à la fois humbles et dotés d’une grande force de volonté. Cette dualité permet de faire face aux plus sérieuses difficultés, tout en conservant une foi en l’avenir profondément ancrée. L’humilité dont il est question est un aspect intéressant de ce profil de leader.

La capacité à écouter et entendre, l’empathie, l’attention aux autres sont les bases de la motivation des équipes. Ces dispositions d’esprit sont également les conditions nécessaires à l’apprentissage et à l’émergence de l’intelligence collective.

C’est la combinaison de ces qualités contradictoires qui donne sa force au leader de niveau 5. C’est ce que l’auteur de l’étude appelle «le yin et le yang» du niveau 5. Clairvoyance ou signe de leur humilité, les leaders de niveau 5 citent souvent la chance comme un facteur de leur réussite.

La bonne personne au bon endroit

On raconte qu’avant de promouvoir un soldat général, Napoléon demandait si celui-ci avait de la chance. On pourrait philosopher sur les origines de la chance.

Le fait est que certaines personnes, à certains moments de leur vie, bénéficient d’un alignement des planètes qui leur est favorable.

Et cela a été le cas pour les leaders de niveau 5. Il y a sans doute derrière cette chance l’adéquation d’une personnalité avec un contexte donné. La bonne personne au bon endroit et au bon moment.

Cela signifierait qu’il n’y a pas de leader de niveau 5 «dans l’absolu», mais que dans un contexte particulier, à une étape particulière de son histoire, une entreprise aura la bonne fortune ou pas d’avoir à sa tête «the right person at the right place». Vous allez demander qu’en est-il des leaders de niveaux 1, 2, 3 et 4? Eh bien ce sont ceux qui développent de grandes capacités individuelles et contribuent régulièrement de façon productive (1), ceux qui contribuent aux succès de leur équipes (2), ceux qui deviennent des managers compétents (3) et ceux qui génèrent l’engagements des autres (4).

Quatre niveaux comme autant d’étapes dans les parcours personnels, dans lesquelles chaque niveau est le plafond des compétences ou le seuil de la marche suivant. Jusqu’au niveau 5 pour les meilleurs.

Finalement les auteurs concluent qu’il y a deux sortes de leaders. Ceux qui pourront un jour devenir des leaders de niveau 5 et les autres. Si beaucoup de leaders démontrent leurs capacités d’action et leur volonté, ce qui leur permet d’atteindre les niveaux 1, 2, 3 et 4, peu d’entre eux combinent cette capacité avec l’humilité des leaders de niveau 5.

C’est peut-être là que réside le secret à rechercher dans les profils de futurs talents.

Le pouvoir et la volonté d’agir comme conditions nécessaire mais non suffisante, et l’humilité pour écouter et apprendre comme conditions complémentaire indispensable. Le yin autant que le yang, le QI autant que le QE, l’intelligence pratique autant que l’intelligence émotionnelle. Rien de neuf direz-vous? Alors qu’attend on pour en faire le critère déterminant de l’accès aux fonctions les plus élevées?

* Professeur de stratégie & management INSEEC SBE






 
 

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