Pour une nouvelle donne agro-alimentaire

mardi, 06.10.2020

René Longet *

René Longet

L’élevage industriel est aujourd’hui une des grandes causes des pertes inquiétantes de biodiversité sur la Planète. Il contribue aussi fortement, à travers l’ensemble de la chaîne de production, stockage et transport, aux émissions de gaz à effet de serre: méthane, oxyde nitreux, gaz carbonique...

C’est avant tout pour le soja destiné au bétail et pour l’élevage, donc pour notre appétit démesuré de viande, que la forêt tropicale part en fumée. Au Brésil, la surface occupée par le soja a doublé en 20 ans. C’est aussi une des causes de la faim dans le monde car il est plus rentable de faire pousser des végétaux pour nourrir les animaux qui finissent dans nos assiettes que des cultures vivrières pour les populations locales.

500 millions de diabétiques

Il y a aujourd’hui sur Terre trois fois plus de personnes en mauvaise santé parce qu’elles mangent trop que de personnes souffrant de sous-nutrition. En cause: trop de sel, trop de sucre, trop de viande, trop de tout dans nos assiettes. Le monde comptera bientôt 500 millions de diabétiques; les maladies attribuées par l’OMS à l’alimentation malsaine et au manque de mouvement progressent. Le Centre international de recherche sur le cancer de l’OMS classait voici quelques années l’excès de viande rouge comme probablement cancérigène et de viande transformée comme cancérigène.

Bénéfiques pour l’environnement

Le lien entre agrobusiness abusif et «malbouffe» industrielle est évident, ce sont deux faces de la même médaille. Ce mois de juin était publiée la synthèse du Programme national de recherche sur l’alimentation (PNR 69; une de ses conclusion est «que souvent, les régimes alimentaires prévenant les maladies chroniques et dégénératives sont aussi bénéfiques pour l’environnement.» Il s’agit ainsi de limiter sérieusement la consommation et la production industrielle de calories animales.

Une autre donne agro-alimentaire est indispensable, exprimée à travers cinq critères simples et faciles à mémoriser:

Le premier est la santé: «Je choisis ce qui est sain pour moi en constituants comme en quantités».

Le deuxième est la proximité: «Je soutiens les produits locaux, car chaque territoire a ses spécificités et doit assumer sa part de responsabilité».

Le troisième est la diversité, gustative et génétique: «Il n’y pas de raison que je doive me limiter toujours aux mêmes sortes de pommes, de carottes ou de tomates et je recherche la diversité».

Le quatrième est le juste prix: «Je suis d’accord de le payer, car le producteur doit pouvoir vivre dignement de son métier».

Et le dernier (mais pas le moindre) est le mode de production: «J’opte pour une approche agronomique qui respecte la biodiversité, les sols, les animaux et les plantes, qui travaille avec la nature et pas contre elle».

C’est autour de ces orientations que, partout au monde, des consommateurs et des producteurs, se retrouvent, convergence doublée d’un engagement des services sociaux auprès des plus démunis pour faire valoir le droit universel à une alimentation saine et suffisante.

Parmi les initiatives illustrant un autre chemin: la Semaine du Goût, qui en cette année de pandémie était aussi un moment émouvant de retrouvailles avec les métiers lourdement impactés de la restauration. La fuite en avant vers toujours plus de quantité, au prix le plus bas possible - qui est la négation du juste prix, doit être stoppée: notre santé et celle de la Terre vont de pair!

* Expert en développement durable






 
 

AGEFI



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