Pour une alimentation durable

mardi, 03.12.2019

René Longet*

René Longet

Il y a depuis longtemps comme un malaise dans nos assiettes. L’industrie de l’alimentation nous apporte de nombreuses commodités, qui se révèlent au final cher payées. On grignote partout et à toute heure; 80% de ce que nous avalons au quotidien n’a pas été préparé par nous-mêmes, et on ne cherche pas trop à savoir dans quelles conditions, où et par qui. 

Le fast-food, riche en sel, graisses saturées et sucre entraîne une épidémie mondiale de diabète, d’affections cancéreuses et cardio-vasculaires, et d’obésité. Si 820 millions de personnes ne mangent pas à leur faim, plus de 2 milliards sont en surpoids, et on prévoit 700 millions de diabétiques pour 2025! Voici quelques années, l’OMS classait la viande transformée parmi les cancérigènes. 

La destruction des forêts tropicales est puissamment alimentée par cet engouement mondial pour la viande et le fast-food. Immenses surfaces d’élevage, immenses surfaces, aussi, dévolues aux cultures de soja servant à nourrir non pas les humains qui ont faim, mais les animaux destinés à notre gloutonnerie carnée. Toutefois, les conditions déplorables de l’élevage industriel encouragent de plus en plus de personnes à se tourner vers d’autres sources de protéines, comme les légumineuses.

Quant aux palmiers à huile, autre ingrédient majeur du fast-food, ils sont également massivement plantés à la place de la forêt tropicale et de ses habitants. Non seulement les rejets de méthane du cheptel mondial posent problème. Mais la destruction massive de la forêt est doublement pernicieuse, par le CO2 qu’elle libère et par le CO2 qu’elle n’absorbe plus. Au total, le système agro-industriel global est responsable d’un quart à un tiers des émissions de gaz de serre. Et par kilo de viande, il faut 7 kilos de céréales et de légumineuses, et 12000 litres d’eau! 

En ces temps d’urgence climatique, modifier nos choix alimentaires est une contribution importante - et dont la mise en œuvre ne dépend que de nous - à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. De plus, cela nous ferait le plus grand bien: la santé de la Terre et notre santé vont de pair. 

Quant au monde paysan, il n’a rien à gagner à ce rythme destructeur qui nivelle le monde, les goûts et les producteurs. Ces derniers sont les premières victimes de la concurrence déloyale globale, et ne cessent de diminuer en nombre et de voir augmenter leurs charges. La course au productivisme et à la quantité mange ses affidés, alors que les produits de qualité trouvent preneurs à un prix rémunérateur. 

Au moment où la Suisse rediscute de sa politique agricole autour du projet PA22 +, saisissons l’occasion de nous tourner vers une production alimentaire plus saine, de proximité, fraîche et de saison, et de développer fortement le secteur végétal local. Sachant que notre taux d’autoapprovisionnement moyen est de 50%, des importations resteront toutefois nécessaires. C’est le moment de se rappeler que l’article constitutionnel 104 A plebiscité en septembre 2017 demande «des relations commerciales transfrontalières qui contribuent au développement durable de l’agriculture et du secteur agroalimentaire». Il n’attend qu’à être être appliqué. Bon pour nous, bon pour le monde!

* Expert en développement durable






 
 

AGEFI




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