La nouvelle dynamique chinoise

vendredi, 12.04.2019

Pour soutenir un modèle recentré sur la consommation domestique et l’innovation, la Chine a décidé de s’ouvrir encore davantage à l’économie de marché.

Gianluca Castrilli*

Aujourd’hui, L’Empire du Milieu se retrouve face à un dilemme. Il lui faut choisir entre soutenir l’activité au péril de la dette, ou réduire l’endettement au risque de tuer la croissance. Au vu de ses dernières déclarations qui prônent une politique budgétaire plus active, principalement en matière de déductions fiscales et de financement des infrastructures, le gouvernement chinois mise plutôt sur une relance économique dopée par le crédit. Et il relègue au second plan la lutte contre l’endettement. 

Le FMI a vite tiré la sonnette d’alarme, bien que les autorités chinoises soient déjà conscientes du danger de se retrouver confrontées, comme en 2008, à une flambée de l’endettement. Selon les données du FMI, la dette chinoise dans son ensemble s’élève à 250% du PIB, si bien que la Chine arrive aujourd’hui au tout premier rang des pays les plus grevés de la zone émergente. 

Il est vrai que le ralentissement de sa croissance coïncide avec le passage d’un modèle économique basé sur les investissements et les exportations à un modèle centré sur la consommation domestique et l’innovation. S’il a l’avantage d’être plus durable et de moins dépendre de facteurs externes, il n’en demeure pas moins que des signes de faiblesse apparaissent, tels que l’essoufflement des ventes de détail.

La solution réside éventuellement dans une nouvelle ouverture à l’international. Alors que protectionnisme et isolationnisme dominent l’actualité et que les tensions commerciales avec le monde occidental perdurent, la Chine redouble d’efforts en matière de libre-échange. C’est plus particulièrement le cas dans les secteurs des services, de la finance et de la promotion des investissements.

Pour preuve, le discours tenu par le président Xi Jinping lors de l’inauguration du premier Salon des importations de Shanghai, perçu par beaucoup comme une riposte au conflit avec les États-Unis. 

A l’heure où la Chine célèbre le quarantième anniversaire de sa conversion à l’économie de marché, Xi Jinping s’est engagé à ce qu’elle augmente ses efforts pour ouvrir son marché, accroître ses achats à l’étranger et réduire le déséquilibre commercial. Ses dirigeants semblent avoir bien saisi l’importance de garantir une concurrence équitable aux entreprises étrangères et de réduire les barrières rencontrées en Chine par les sociétés ou les états étrangers.

Egalité de traitement

Dans la foulée, le parlement chinois a adopté une loi sur les investissements étrangers qui entrera en vigueur le 1er janvier 2020, quand bien même certains dénoncent la hâte avec laquelle elle a été rédigée. Ce texte a pourtant le mérite de répondre aux critiques internationales sur l’ouverture inachevée du marché chinois aux entreprises étrangères. Le point fort de la loi réside dans l’interdiction aux fonctionnaires chinois d’utiliser des moyens administratifs pour forcer les entreprises étrangères au transfert de technologie. 

Les investisseurs étrangers pourront, de plus, bénéficier d’une égalité de traitement par rapport à leurs homologues chinois, à l’exception de quelques secteurs protégés.

Outre les initiatives politiques, cette volonté d’ouvrir davantage l’économie chinoise se caractérise également par un accès facilité aux marchés financiers pour les groupes internationaux. Fin 2018, les autorités chinoises ont autorisé UBS AG à augmenter sa participation dans la coentreprise UBS Securities, en rachetant les parts de son partenaire chinois. 

Avec cette transaction, UBS AG est devenu la première banque étrangère à prendre une participation majoritaire dans une société de courtage chinoise. D’autres sociétés, telles que S&P Global Inc. ou American Express, ont ensuite suivi cet exemple.

Plus récemment, MSCI a souhaité accroître la pondération des actions chinoises de Shanghai et Shenzhen, les fameuses A-shares, dans ses indices. 

À terme, ces A-shares représenteront 3.3% de l’indice MSCI Emerging Markets, en complément des 30% alloués à la Chine offshore. Ce sont donc plus de 430 valeurs de Chine continentale qui seront incluses, auxquelles s’ajouteront une trentaine de titres techno présents dans l’indice ChiNext de la bourse de Shenzhen.

Cette initiative aura pour effet, entre autres, de stabiliser le marché boursier chinois, de réduire sa volatilité et d’améliorer la gouvernance d’entreprise, principalement grâce à l’arrivée d’investisseurs institutionnels étrangers, munis d’une vision à plus long terme.

Le gouvernement chinois entend donc stimuler une économie nationale freinée par la campagne de lutte contre le risque financier et par le conflit commercial avec les États-Unis, qui ont pesé sur la confiance des ménages et des entreprises. 

La Chine ne peut plus se reposer sur les facteurs qui ont contribué à son bonheur lors des années de croissance folle: faible coût du travail, besoin d’infrastructures massif, exportations dopées et un occident moins regardant sur les questions d’égalité commerciale.

Dans l’immédiat, les mesures prises par le gouvernement chinois permettront certainement d’apaiser les esprits. Les effets sur la croissance ne seront peut-être visibles que sur le moyen ou long terme, mais la prise de conscience a eu lieu et la Chine s’inscrit désormais dans une nouvelle dynamique.

* Trillium






 
 

AGEFI



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