Les émergents en 5 variables

mardi, 29.01.2019

Pour savoir si les cours actuels de ces marchés reflètent mieux les fondamentaux, il faut prendre en compte cinq critères.

Claudia Calich*

La dette émergente a connu une année 2018 particulièrement houleuse. Les risques macroéconomiques et le ralentissement de la croissance dans les régions émergentes, entre autres, ont contribué à redéfinir les valorisations relativement élevées de ces marchés au début de l’année. Pour savoir si les cours actuels reflètent mieux les fondamentaux, il faut prendre en compte l’évolution de cinq variables.

Le conflit commercial entre la Chine et les Etats-Unis

Il constitue un moteur important dans l’évolution des cours des actifs mondiaux dans la mesure où les tensions qui en résultent impactent le commerce international et les résultats des entreprises. Si les discussions actuelles ne mènent nulle part, il est légitime de s’attendre à ce que la croissance mondiale poursuive son ralentissement, impactant potentiellement les marchés émergents.

Ce conflit tombe à une période difficile pour l’économie chinoise, car le rapport coût/bénéfices d’un nouveau plan de relance est inférieur au niveau atteint dix ans auparavant, compte tenu de la hausse du niveau d’endettement. Même lors des événements négatifs, les investisseurs ne doivent pas exclure l’émergence potentielle de facteurs positifs: les relations pourraient se stabiliser entre les États-Unis et la Chine cette année, ce qui jouerait en faveur du cours des actifs, et notamment de la dette émergente.

Le comportement de la Fed

Les marchés ont rapidement intégré dans les cours de nouvelles hausses de taux de la part de la Fed cette année. Néanmoins, l’effondrement des prix du pétrole, l’approche plus accommodante de la Fed et la publication de statistiques en demi-teinte les incitent aujourd’hui à anticiper la fin du cycle de resserrement. Toutefois, en l’absence d’un réel ralentissement aux États-Unis, les cours des bons du Trésor américains semblent à peine refléter les primes de risque, en particulier dans la mesure où l’offre se maintient à de bons niveaux. 

La dette souveraine américaine devrait rester chère, car les prévisions actuelles tablent sur un déficit budgétaire aux États-Unis et certains acheteurs naturels, tels que les banques centrales, ont récemment diminué leur exposition à cette classe d’actifs. À titre d’exemple, la Chine, qui n’a plus de soldes excédentaires excessifs dans sa balance courante, est moins encline à investir ailleurs ses quelques «dollars en trop».

Les élections et leurs risques spécifiques

Plusieurs élections générales sont prévues en 2019 dans l’univers émergent, ce qui pourrait bien entraîner des pics de volatilité et, par conséquent, des opportunités. En si le candidat, et actuel président, dont la politique est favorable aux marchés, est élu en octobre, une hausse des marchés est attendue. Mais si l’ancienne présidente Christina Kirchner gagne, les marchés devraient avoir une réaction négative. Une troisième option est la victoire du parti péroniste et les marchés pourraient rester neutres s’il décide de poursuivre l’ajustement initié par le FMI. D’autres élections prévues en Ukraine (mars), en Indonésie (avril), en Inde (avril/mai) et en Afrique du Sud (mai) pourraient également entraîner une hausse de la volatilité. Dans d’autres pays, les élections importantes étant passées, les regards seront portés sur la mise en place (ou non) des promesses de campagne. Par exemple, nous surveillerons l’évolution de la réforme hautement anticipée sur les retraites au Brésil et attendrons davantage de précisions quant aux politiques économiques promises par le Mexique. 

Matières premières: symptôme ou cause?

Contrairement à l’idée répandue selon laquelle il existe un lien étroit entre le pétrole et les marchés émergents, la sensibilité aux prix du pétrole est plutôt inégale parmi ces régions. Dans le cas d’une hausse du pétrole, la Turquie, l’Inde et les autres importateurs observeront une dégradation de leur balance courante. Le Moyen-Orient et les exportateurs émergents, Russie et Nigéria par exemple, connaîtront une amélioration de leurs soldes. Par conséquent, la volatilité des prix du pétrole devrait permettre des performances diverses et variées parmi les actifs. D’un autre côté, la baisse marquée des matières premières à base de métaux implique la plupart du temps un impact négatif sur la majorité des marchés émergents. 

Possible éclaircie pour les fondamentaux des sociétés

Les faibles taux de défaut et l’amélioration des conditions de crédit des sociétés émettrices ont positivement marqué les marchés émergents au cours de l’année écoulée. Les solides résultats et la maîtrise des dépenses d’investissement ont permis une réduction des niveaux de dette nette tout au long de l’année. En 2019, les fondamentaux devraient commencer à se stabiliser. Les taux de défaut des obligations émergentes à haut rendement devraient s’accélérer légèrement en passant de 2 à 3% (ils étaient inférieurs à 2% en 2018) en raison de fondamentaux macroéconomiques plus difficiles dans certains pays, comme en Turquie, en Chine ou encore en Argentine. Ces taux devraient cependant rester en-deçà de leur moyenne historique.

Ainsi, alors que les risques macroéconomiques mondiaux ne devraient pas reculer, le rendement offert par la dette émergente, soit près de 7% pour les obligations souveraines en dollar américain, est à son niveau le plus haut depuis la crise financière mondiale de 2007/2008. Ce qui renforce d’autant les perspectives d’une amélioration des performances par rapport à l’année écoulée. En réalité, depuis 1994, les obligations libellées en devise forte n’ont jamais connu de performances négatives sur deux années consécutives.

*M&G Investments






 
 

AGEFI



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